Sciences et Avenir

Bien sûr, l’actualité du problème de l’existence de Jésus n’est pas quotidienne, mais il arrive que des média s’en fassent l’écho.

À la page 29 de son hors-série de janvier/février 2016, Dieu et la Science, Sciences et Avenir aborde le problème de l’existence de Jésus. Dans un article consacré à l’origine des principaux textes chrétiens (le recueil appelé Nouveau Testament), trois phrases défendent l’existence de Jésus. Les voici :

« Quid de l’existence de Jésus ? « Aussi assurée que celle de Socrate ! répond Frédéric Amsler. Ce dernier n’a certes rien écrit, mais ses disciples, tels Platon et Xénophon, en parlent abondamment. » L’historicité de Jésus est même mieux attestée encore dans la mesure où l’on dispose de textes hostiles au christianisme, datant du Ie siècle, qui ne remettent jamais en cause son existence ».

Frédéric Amsler, de l’Institut romand des sciences bibliques de Lausanne, est l’expert consulté par Science et Avenir.

La comparaison avec Socrate est pertinente car Socrate n’a rien écrit et Jésus non plus.

Je suis plus réservé sur le deuxième point. Socrate nous est connu par des écrits de contemporains, en particulier ses disciples Platon et Xénophon. Jésus nous est connu essentiellement par les évangiles dont certains sont attribués à ses disciples Matthieu et Jean.

Ces attributions ne sont plus admises par les spécialistes du Jésus historique[1]. Frédéric Amsler en témoigne quelques lignes plus loin en nous expliquant comment on détermine l’origine des évangiles :

« Prenons l’exemple de l’évangile de Matthieu. L’apôtre Pierre y joue un rôle positif et important, contrairement à l’évangile de Marc. Or on sait qu’au IIe siècle, la communauté chrétienne la plus importante vivait à Antioche, en Syrie-Palestine, et qu’elle valorisait particulièrement la figure de Pierre en se fondant sur d’anciennes traditions. C’est donc très probablement là que l’évangile de Matthieu a été rédigé, vers l’an 85 ».

Ceci témoigne que l’on ne sait rien des intermédiaires entre les souvenirs supposés et leur version écrite dans les évangiles une cinquantaine d’années plus tard. La comparaison avec Socrate ne tient donc pas puisque son histoire est racontée par des contemporains identifiés.

Un autre argument est avancé : « on dispose de textes hostiles au christianisme, datant du Ie siècle, qui ne remettent jamais en cause son existence ».

Le raisonnement ne tient pas car aucun texte de l’Antiquité ne remet en question l’existence d’un personnage [2]. Que cela vaille aussi pour Jésus ne prouve rien.

Il existe peut-être de bons arguments en faveur de l’existence de Jésus mais je constate que la presse n’en donne que des mauvais.

PS: j’ai envoyé un courrier à l’auteur de l’article de Sciences et Avenir, je n’ai pas eu de réponse.

NOTES

[1] C’est l’avis général des spécialistes du Nouveau Testament. Par exemple Marie-Émile Boismard : « Sous leur forme actuelle, évangiles et Actes sont des œuvres complexes. Il serait enfantin de se représenter Matthieu, Marc, Luc ou même Jean se mettant un jour à leur « table de travail » pour coucher par écrit leurs souvenirs personnels ou ceux qu’ils auraient reçus de Pierre, de Paul et des autres témoins, soit de la vie, soit de l’enseignement de Jésus, soit de la vie et de la foi des premières communautés chrétiennes. Ces souvenirs, transmis d’abord oralement, ne furent mis par écrit que progressivement, dans des rédactions plus simples que celles que nous avons maintenant. Les évangélistes, ou Luc pour les Actes, ont travaillé à partir de ces rédactions plus anciennes qu’ils ont remaniées, coulées dans des formes nouvelles. » La vie des évangiles. Initiation à la critique des textes. Boismard-Lamouille, cerf, 1980. Page 7.

2] Ce n’est pas moi qui l’affirme mais l’historien Paul Veyne, professeur au Collège de France et immense connaisseur de la littérature de l’Antiquité : « Voici le paradoxe : il y a eu des esprits pour ne pas croire à l’existence des dieux, mais jamais personne n’a douté de celle des héros […] [avant le quatrième siècle de notre ère] absolument personne, chrétiens compris, n’a émis le moindre doute sur l’historicité d’Enée, de Romulus, de Thésée, d’Hercule, d’Achille et même de Dionysos… » Paul Veyne. Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Seuil, 1983. Page 53.

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