Jens Schröter et le Jésus historique

« Jens Schröter est professeur de Nouveau Testament et de littérature chrétienne apocryphe à la Faculté de théologie de l’Université Humboldt de Berlin. Il est considéré comme l’un des meilleurs spécialistes actuels sur le Jésus historique. » Page 4 de couverture de Jésus de Nazareth, de Jens Schröter, traduit de l’allemand. Labor et Fides, 2018.

L’ouvrage offre donc toutes les garanties de sérieux. Il nous informe sur la recherche historique à propos de Jésus.

Quelques remarques de Jens Schröter sur la recherche historique à propos de Jésus

Jens Schröter est parfaitement conscient des limites de son domaine de recherche : « La recherche historique [sur Jésus] n’aboutit jamais à aucune certitude définitive sur le passé. » (page 24)

Jens Schröter distingue d’une part le « Jésus historique », c’est-à-dire l’image de Jésus que donnent les historiens et, d’autre part, le « Jésus réel » le personnage qui a vécu en Palestine au Ier siècle : « Il faut donc faire la différence entre un « Jésus historique » esquissé grâce à la recherche historique et le « Jésus terrestre » : le Jésus historique est toujours le produit d’une analyse des sources par un interprète donné. Selon la façon dont les sources seront vues et compilées, les images en résultant seront différentes. C’est pourquoi les présentations historiques de Jésus – surtout celles issues de la recherche récente, qui reposent sur une exploitation intensive de ces sources – aboutissent parfois à des résultats très différents. La recherche historique ne fournira jamais d’image univoque de Jésus, car les sources ne permettent jamais une seule et unique interprétation. Le « Jésus terrestre » est bien, en revanche, ce Juif ayant vécu et œuvré en Galilée au Ier siècle et accessible seulement par le biais d’interprétations. » (page 27)

Tout cela est largement admis depuis longtemps par les historiens spécialistes de Jésus.

Une de la difficulté de la recherche historique sur Jésus est le fait que les récits de la vie de Jésus sont profondément marqués par la foi : « Sans aucun doute, les articles de foi postpascale [élaborés par les disciples après la résurrection de Jésus] ont marqué de façon décisive les descriptions de l’activité prépascale [du vivant de Jésus] de Jésus. Pour autant, ce serait agir à la légère que d’abandonner sous ce prétexte la quête du Jésus historique. On peut tout à fait, dans les évangiles, distinguer les événements historiques de leur interprétation et percevoir les contours du personnage historique de Jésus » et il existe des « certitudes historiques […] sur le ministère de Jésus ». (page 32)

Les sources utilisées par la recherche historique sont principalement les quatre évangiles canoniques qui figurent dans toutes les Bibles : « il y a dans les évangiles du Nouveau Testament – du fait de leur ancienneté, du fait aussi qu’ils inscrivent le ministère de Jésus dans un contexte temporel et géographique donné – la matière des représentations historico-critiques de Jésus […]Dans toutes les sources mentionnées, il convient de distinguer entre les traditions premières, fiables historiquement, et celles plus tardives, secondaires pour les présentations historico-critiques : les conclusions auxquelles on aboutit n’étant bien sûr pas démontrables stricto sensu, mais reposant sur la vraisemblance de l’ensemble, elles pourront dans certains cas demeurer controversées. De manière générale, on retiendra que c’est la vraisemblance historique et la cohérence de la présentation qui serviront de référence et permettront, dans un rapport dialectique, de porter un jugement sur tel ou tel élément […] Cette façon de faire doit permettre de dégager une image vraisemblable et cohérente du ministère et du destin de la figure historique de Jésus. » (page 58)

Quelques remarques sur les remarques de Jens Schröter

Les sources utilisées par la recherche sont principalement les quatre évangiles qu’il est bien délicat d’utiliser comme source d’une reconstitution historique. Les remarques de Jens Schröter à ce sujet me semblent bien feutrées. Les évangiles en effet se contredisent, racontent des histoires invraisemblables et sont manifestement bien plus préoccupés par la transmission de la foi au Christ que par l’exactitude historique (voir Une invention nommée Jésus).

Les traditions les plus anciennes sont fiables historiquement parce qu’elles sont les plus anciennes. L’authenticité d’un épisode évangélique est évaluée par « la vraisemblance historique et la cohérence de la présentation ». Jens Schröter a bien raison de dire que cela « n’aboutit jamais à aucune certitude définitive sur le passé ». Je le trouve cependant bien optimiste quand il estime que Jésus est « une personne dont on peut toujours, même encore aujourd’hui, restituer un portrait en représentant ses principales facettes, à défaut de tous ses détails. » (page 39)

 Parmi les résultats fort différents que peut produire l’analyse et l’interprétation des sources sur Jésus, il me semble que sa non existence aurait pu être évoquée. Même si Jens Schröter croit fermement en l’existence de Jésus, cela aurait été l’occasion de nous donner, enfin, un argument valable en faveur de cette existence.

De la liberté du chercheur catholique

Le chapitre qui suit figurait dans de la première édition d’Une invention nommée Jésus et je l’ai supprimé par la suite. Ce chapitre est consacré aux pressions que la hiérarchie catholique peut exercer sur les chercheurs qu’elle emploie. Vous verrez un spécialiste de premier plan dévoué à la vérité de l’Église au détriment de la vérité historique.

Certes, la partialité de Pierre Grelot est choquante mais il ne s’agit pas d’un argument contre l’existence de Jésus. Un spécialiste partial peut avoir raison. C’est pourquoi ce chapitre qui figurait dans la première édition d’Une invention nommée Jésus ne figure pas dans la seconde (voir ici).

Ce chapitre a cependant sa place dans le présent blog consacré aux compléments. Le voici :

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Salamito répond à Onfray

Dans Décadence (Flammarion 2017), Michel Onfray conteste l’existence de Jésus. Jean Marie Salamito (Normalien, agrégé de lettres classiques, professeur d’histoire du christianisme antique à la Sorbonne) lui répond dans Monsieur Onfray au pays des mythes. Réponse sur Jésus et le christianisme (Salvator 2017).

Nous allons examiner comment Jean-Marie Salamito répond à « l’affirmation la plus tonitruante de Décadence: Jésus de Nazareth n’aurait jamais existé » (page 15).

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Bernard Pouderon dans la Pléiade

Les éditions de la Pléiade nous offrent un très important recueil de textes chrétiens des premiers siècles.

 

 

Le Testimonium flavianum

Le premier auteur non chrétien qui mentionne Jésus est Flavius Josèphe. Il s’agit d’un Juif né en Palestine en 37 qui a écrit à Rome, vers 92, une histoire des Juifs dans laquelle on trouve ces quelques lignes:

 

« Vers le même temps survient Jésus, homme sage, si toutefois il faut le dire homme. Il était en effet faiseur de prodiges, le maître de ceux qui reçoivent avec plaisir des vérités. Il se gagna beaucoup de Juifs et aussi beaucoup du monde hellénistique. C’était le Messie (le Christ). Et Pilate l’ayant condamné à la croix, selon l’indication des premiers d’entre nous, ceux qui l’avaient d’abord chéri ne cessèrent pas de le faire. Il leur apparut en effet le troisième jour, vivant à nouveau, les divins prophètes ayant prédit ces choses et dix mille merveilles à son sujet. Et jusqu’à présent la race des chrétiens, dénommée d’après celui-ci, n’a pas disparu. »

Traduction donnée par John P. Meier. Un certain Juif Jésus. Tome 1. Cerf 1991. Page 51.

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Wikipedia et l’existence de Jésus

Wikipedia est capable du meilleur et du pire. Les articles de sciences dures peuvent être exacts et objectifs. Les articles d’histoire ou de religion peuvent déchainer les passions. L’existence de Jésus concerne l’histoire et la religion. L’article de wikipedia consacré à ce sujet, intitulé thèse mythiste, n’est pas un long fleuve tranquille. En témoigne l’étonnante longueur de la page de discussion et la tension qui s’en dégage.

À la critique d’un de ses articles, Wikipedia répond habituellement « au lieu de critiquer, participez à l’amélioration de l’article ».

Eh bien j’ai essayé.

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