Les variantes entre les manuscrits des évangiles

Il arrivait aux scribes de l’Antiquité de se tromper. Aussi, quand on dispose de plusieurs manuscrits d’un texte antique, on dispose aussi de plusieurs textes différents.

Ce problème concerne-t-il aussi les évangiles ? À ce sujet, j’ai lu et entendu tout et son contraire.

Il arrive que l’existence de variantes entre les manuscrits des évangiles soit évoquée par ceux qui contestent l’existence de Jésus[1].

J’ai critiqué ici une vidéo où, à la 42e minute, où un orateur en soutane affirme que l’absence de variantes est un argument en faveur de l’existence de Jésus : quand on compare les évangiles « il y a zéro (pas zéro, on est à quatre-vingt-dix-neuf pour cents d’absence d’erreur) et toutes les erreurs sont du style une virgule, un iota, un accent mal placé, une lettre à la place d’une petite jambe qui a été mal écrite et qui ne change absolument rien au sens du texte. »

Alors, y a-t-il des variantes dans les évangiles ?

Si oui, est-ce important ?

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Le problème synoptique

La comparaison des évangiles montre que, avant d’atteindre la forme qu’on leur connaît, ils ont suivi une évolution complexe au cours de laquelle ils se sont influencé les uns les autres. À ceux qui se demandent comment on peut arriver à une telle conclusion, je propose un petit aperçu de la question.

Les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) présentent de nombreux versets communs :

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– Les 320 versets communs aux trois synoptiques (la triple tradition) sont exposés à peu près dans le même ordre.

– Presque tout Marc est contenu dans Matthieu.

– Alors que 30 versets sont connus du seul Marc, plus de 1000 versets sont connus de Matthieu et/ou de Luc mais pas de Marc.

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Wikipedia et l’existence de Jésus

Wikipedia est capable du meilleur et du pire. Les articles de sciences dures peuvent être exacts et objectifs. Les articles d’histoire ou de religion peuvent déchainer les passions. L’existence de Jésus concerne l’histoire et la religion. L’article de wikipedia consacré à ce sujet, intitulé thèse mythiste, n’est pas un long fleuve tranquille. En témoigne l’étonnante longueur de la page de discussion et la tension qui s’en dégage.

À la critique d’un de ses articles, Wikipedia répond habituellement « au lieu de critiquer, participez à l’amélioration de l’article ».

Eh bien j’ai essayé.

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Brunor défend l’existence de Jésus

« Jésus n’a pas existé », c’est ce qu’un fâcheux prétend au début de cette sympathique bande dessinée. L’enquête qui suit apportera d’impressionnantes preuves de l’existence de Jésus.

C’est bien connu, on peut trouver n’importe quoi sur internet. Un livre a davantage de crédibilité, surtout quand il est publié par un éditeur prestigieux. C’est le cas du Cerf, éditeur réputé pour les questions religieuses.

Nous allons parcourir www.Jésus Qui ? L’enquête historique que Brunor a publié au Cerf en 2004.

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Une critique par Georges Daras

Sur son site Exégèse et théologie, Georges Daras a mis en ligne une critique de mon livre. Georges Daras n’a pas aimé ce livre, pas du tout. Il s’en explique longuement. En nombre de pages, sa critique représente à peu près le tiers du livre critiqué. À part lui et moi, il n’y a certainement pas grand monde à l’avoir lue en entier.

Bon, je ne suis pas d’accord avec ce qu’il a écrit, je vais expliquer pourquoi, brièvement.

Dans mon livre j’ai soulevé contre l’existence de Jésus des objections qui me semblent graves. Georges ne les conteste pas, il reconnaît tout.

Aucun document non chrétien n’atteste l’existence de Jésus. Georges Daras est du même avis : « les attestations externes (c’est-à-dire non chrétiennes) de Jésus ne sont pas d’une grande utilité pour le Jésus de l’histoire » (point 1).

Les évangiles se contredisent. Georges Daras me signale que tout le monde le sait : « Dans ce chapitre, l’auteur passe en revue des contradictions d’ordre théologique, événementiel et chronologique. La démarche est fastidieuse pour qui a un minimum de connaissance des évangiles et de la recherche. Tout est archi-connu, et depuis fort longtemps » (juste avant le point 15).

Les évangiles ne font pas de l’histoire mais de la théologie d’après l’Ancien Testament. Pour Georges Daras, c’est une banalité : « Que les évangiles ne sont pas de l’histoire, et que les récits qui les composent sont le fruit d’une intense réflexion théologique dont les racines puisent essentiellement dans l’Ancien Testament. M. Bourgeois ne nous apprend rien » (point 23), et « Dans son livre, de chapitre en chapitre, il ne fait que constater ce que tous les exégètes et les théologiens savent: c’est de la théologie, pas de l’histoire » (point 24).

Les évangiles racontent des histoires incroyables. Georges Daras me rappelle que tout le monde le sait : « Il est indéniable que dans la démarche herméneutique qui est celle des évangiles, il y a une part, j’ose dire, importante de créativité, et ce que l’on pourrait appeler, sans les connotations péjoratives que d’aucuns voudraient y voir, la fiction. C’est une réalité que tous les exégètes reconnaissent » (point 32).

Il reconnaît tout cela mais cela ne l’impressionne pas : ces « raisons sont nettement insuffisantes » pour « déclarer que Jésus n’a jamais existé » (point 23).

Voilà, notre divergence est là. Les évangiles constituent l’essentiel de notre documentation sur Jésus. Ils montrent de façon très nette qu’ils ne sont pas fiables.Georges Daras reconnaît tous ces problèmes mais il fait quand même confiance aux évangiles. Pourquoi ? Les historiens spécialistes de Jésus ont donné quelques arguments pour expliquer que, malgré leurs défauts, les évangiles peuvent être considérés comme des sources fiables, ce qui leur permet de considérer que Jésus a existé.  J’ai examiné ces arguments, ils sont tous mauvais, un chapitre de mon livre leur est consacré. Georges Daras n’a pas cru bon de critiquer ce chapitre.

Je ne saurai donc pas pourquoi, malgré tous les éléments qui disent le contraire, Georges Daras pense pouvoir trouver une vérité historique dans les évangiles.

J’ai aussi signalé que la plupart des chercheurs sur le Jésus historique travaillent au sein d’un institut de recherche catholique ou protestant.

Comme précédemment, Georges Daras le reconnaît mais il ne voit pas le problème : «Oui, tout comme la plupart des biologistes dans un labo de biologie, et les gymnastes dans un gymnase. Il faudrait aussi regretter que les rédacteurs du Nouveau Testament aient été chrétiens… Non, M. Bourgeois, qu’elles soient catholiques ou protestantes, les Facultés de théologie sont des lieux de recherche et d’enseignement, pas des églises ! » (à la fin de cette page ).

Les facultés de théologies sont effectivement des lieux de recherche et d’enseignement. Mais elles revendiquent leur foi et leur rôle est d’étudier la théologie. Si elles étudient l’histoire de Jésus, leur jugement sera fatalement biaisé par leur foi. Contrairement au christianisme, la biologie et la gymnastique ne sont pas des religions.

Georges Daras fait-il confiances au lobby du tabac pour connaître les dangers de la cigarette ?

Le reste de son texte ne concerne que des problèmes de forme. C’est beaucoup moins intéressant.

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