Une critique par Georges Daras

Georges Daras est partisan de l’existence de Jésus. Ce blogueur théologien m’a fait l’honneur d’une critique sur son site exégèse et théologie. Autant le dire tout de suite, à part la couleur de la couverture, Georges Daras n’a pas du tout aimé Une invention nommée Jésus.

Après avoir lu son texte, je pense toujours que Jésus n’a pas existé. Un petit nombre de remarques m’ont paru pertinentes et j’en ai tenu compte pour la deuxième édition. D’autres remarques ne m’ont vraiment pas paru sensées, voir par exemple son Point N° 42.

Mon livre tente de réfuter l’existence de Jésus. Georges Daras tente de me réfuter. Je vais donc me livrer à une réfutation de réfutation de réfutation. Ce n’est sans doute guère passionnant. D’autant plus que cela risque de durer car le texte de Georges Daras est bien plus long que le livre qu’il critique.

À moins que je ne me lasse, je vais répondre point par point. Si un lecteur estime qu’un point soulevé par Georges Daras est important, qu’il me le signale et je traiterai cet élément en priorité. Le texte de Georges Daras est constitué de points numérotés et cela nous aidera à nous y retrouver.

Présentation

Georges Daras trouve deux mérites à mon livre : il est d’apparence élégante et il se documente aux meilleures sources.

Point N° 1

Georges Daras estime que le livre n’est pas assez long. Pourquoi pas ? Cependant, il serait bon qu’il nous explique en quoi cela pose un problème. Il ne le fait pas.

Georges Daras signale que l’auteur n’est pas historien. C’est exact mais il me semble évident qu’amateur ne signifie pas incompétent. Je pense en avoir lu assez pour avoir un point de vue argumenté. Il serait bon que Georges Daras nous montre où cela pose un problème : erreurs de documentation ou de traduction, omission qui fausse le raisonnement, manque d’une pièce essentielle au dossier etc. Nous verrons qu’il ne le fait pas.

Mon premier chapitre montre qu’aucun document non chrétien n’est un témoignage sur Jésus. Avant d’aborder son point N° 2 Georges Daras annonce qu’il ne dira rien de ce premier chapitre. Je suis tenté d’y voir une approbation de son contenu.

Point N° 2

Georges Daras estime que j’aurai du aborder autrement les évangiles, que j’aurai du « d’abord » en présenter certains aspects. C’est son droit mais c’est moi qui écris Une invention nommée Jésus.

J’ai préféré aborder ces aspects plus tard, dans la troisième partie. Georges Daras conteste l’ordre dans lequel j’aborde les différents aspects des évangiles. C’est pour cela et uniquement pour cela que mon approche est « biaisée », que ma méthode est « partielle » et « sélective », qu’elle présente un « défaut ».

Et où est le problème ? Cela produit un « effet » indésirable sur le lecteur. Le lecteur voit tout de suite que les évangiles posent un sérieux problème de crédibilité. Il me semble que c’est important pour évaluer la probabilité de l’existence de Jésus.

Georges Daras préfère l’approche que l’on trouve dans les manuels de Bible : commencer par expliquer en détail le mode de production des textes religieux de l’époque. Cela nous fait effectivement comprendre que leurs auteurs ne sont pas des historiens et n’ont pas l’ambition de l’être. On fini ainsi par trouver normal qu’ils ne fassent pas de l’Histoire mais qu’ils nous racontent des histoires.

Georges Daras le dit à son point N° 4, les contradictions entre les évangiles relèvent de la « normalité ». Il a bien raison, c’est normal pour des auteurs qui font de la théologie en employant un langage symbolique. On ne peut pas reprocher ces auteurs d’écrire ainsi mais il ne faut pas tenir pour assurer que leur production est fiable historiquement.

Point N° 3

Georges Daras nous parle de l’argument du silence. C’est intéressant mais je n’utilise pas l’argument du silence. Ce n’est pas ainsi qu’il me réfutera.

L’argument du silence est effectivement utilisé par certains mythistes. Il consiste à remarquer que Jésus n’a laissé aucune trace dans la littérature de son époque. Il est tentant d’en tirer argument contre l’existence de Jésus. Cet argument me semble faible car les écrivains du Ier siècle pouvaient avoir de bonne raisons de ne pas parler de Jésus. J’ai suffisamment de bons arguments pour ne pas m’encombrer des mauvais.

Point N° 4

De nouveau Georges Daras estime que j’aurai du aborder autrement les évangiles. C’est son droit mais c’est moi qui écris Une invention nommée Jésus.

Point N° 5

Mon troisième chapitre montre que les évangiles contiennent des histoires incroyables. Georges Daras aurait préféré que je parle d’histoires invraisemblables ou inconcevables. Il reconnaît que ce n’est pas très important. Accordons-nous là-dessus et continuons.

Point N° 6

Constatant que les évangiles racontent des événements qui n’ont pas pu se produire, j’ai écrit que leurs auteurs méprisent l’exactitude des faits. Georges Daras trouve ce vocabulaire dépréciateur et remarque que les biblistes parlent autrement. Cela ne change rien au fond du problème : les évangiles racontent des histoires invraisemblables.

Georges Daras se livre ensuite à une interprétation personnelle de mes propos : « selon moi ». Je lui en laisse la responsabilité.

Georges Daras signale avec raison que les auteurs des évangiles ne sont pas des historiens au sens moderne du terme. Cela ne change rien au contenu de mon troisième chapitre : les évangiles racontent des histoires invraisemblables.

Il n’y a rien dans le Point N° 7, passons.

Les points N° 8 à 14 regrettent tous la même chose : en constatant que les évangiles racontent des histoires invraisemblables je m’arrête à la surface de textes qui ne cherchent pas à faire de l’histoire mais qui doivent être compris autrement. Georges Daras estime que j’ignore cette approche. Pas du tout, je la réserve pour la troisième partie du livre.

Georges Daras aborde maintenant mon quatrième chapitre qui constate que les évangiles se contredisent. Il regrette que je signale des choses connues depuis fort longtemps. Elles me paraissent néanmoins intéressantes et j’y vois une approbation de sa part : les évangiles se contredisent.

Point N° 15

La première phrase est un jet de fiel sans aucune portée. Ensuite Georges Daras, pour le seul motif que je signale que les évangiles se contredisent, me met dans le même sac que des personnes peu sympathiques. Encore du fiel.

Il a cependant parfaitement compris mon propos : j’estime effectivement que les contradictions entre les évangiles ne plaident pas en faveur de leur crédibilité, ni de l’historicité de Jésus.

Ses considérations sur le fondamentalisme me semblent en dehors du sujet qui est, rappelons-le, l’existence de Jésus.

Point N° 16

Georges Daras estime que je déforme les propos des chercheurs. Là, je souhaite qu’il argumente.

J’ai signalé, et Georges Daras ne le conteste pas, que les évangiles font dire à Jésus

1/ que « l’enseignement de Jésus est réservé aux Juifs »

2/ que « l’enseignement de Jésus est accessible aux païens ».

Ces points de vue sont-ils incompatibles. Qu’en pense mon lecteur ? Moi je pense que oui.

Georges Daras pense que non car elles « se succèdent dans le temps ». Et alors ?

Je ne vois rien d’utile dans la suite de ce point N° 16.

Point N° 17

Georges Daras regrette encore l’ordre dans lequel j’aborde les différents aspects des évangiles. Encore une fois, c’est moi qui choisis cet ordre, c’est moi qui écris Une invention nommée Jésus.

Georges Daras constate encore que si les évangiles se contredisent, il leur arrive aussi de s’accorder. C’est exact. S’ils ne s’accordaient jamais, ils ne raconteraient pas l’histoire du même personnage. Cependant, ce mélange d’accords et de désaccords ne plaide pas en faveur de leur crédibilité. Comme les évangiles sont les seuls documents qui nous informent sur Jésus, cela ne plaide pas en faveur de l’historicité de Jésus.

Points N° 18 à 20

Georges Daras constate que les évangiles n’ont pas pour but de faire de l’histoire mais de transmettre la foi. Il veut ensuite nous persuader que les évangiles sont quand même des sources historiques. C’est possible mais ce n’est pas assuré. Toutes les précisions que Georges Daras apporte ne me rassurent pas, je persiste à penser que l’écriture des évangiles s’explique aussi bien que Jésus ait existé ou pas.

Attardons-nous sur le dernier paragraphe du point N° 20 où la pensée de Georges Daras apparaît plus clairement.

On trouve dans les évangiles deux généalogies de Jésus. Georges Daras ne conteste pas qu’elles sont incompatibles. Pourtant quand je le signale, je fais preuve de « malhonnêteté », je « dénigre » les évangiles, je les « décrédibilise », je porte un jugement qui est « d’ordre moral ».

Georges Daras nous parle ensuite de l’histoire du Petit Chaperon rouge. Il estime qu’il ne faut pas accuser cette histoire d’être invraisemblable car il s’agit d’un conte populaire.

Mais si, on peut dire que l’histoire du Petit Chaperon rouge est invraisemblable. Ainsi on n’accuse rien ni personne, on ne dénigre pas ce brave Petit Chaperon rouge et on ne décrédibilise pas les frères Grimm. On peut même recommander de raconter ce conte aux enfants. On constate simplement qu’on ne peut pas croire à cette histoire. Les frères Grimm n’avaient pas pour projet de raconter une histoire vraie. C’est une évidence qu’on peut constater sans pour cela les dénigrer.

Il en va de même avec les généalogies de Jésus : elles se contredisent car leurs auteurs avaient pour projet de parler de Jésus dans un langage symbolique. Ce que je signale dans le livre.

Georges Daras a tout-à-fait raison de comparer ces deux histoires. Leurs auteurs n’ont pas souhaité raconter quelque chose d’exact. Ces histoires sont invraisemblables et on peut le dire sans dénigrer personne.

Georges Daras devrait poursuivre la comparaison et nous expliquer qu’il se dégage des contes des frères Grimm une conception de l’histoire qui est « bien plus large » (point N° 18), qu’on y trouve des faits et des événements qui ont « leur place » (point N° 18), qu’ils sont quand même historiques, que cela me plaise ou non (point N° 19). Allez, poursuivez votre démarche M. Daras, et expliquez-nous qu’en lisant honnêtement les frères Grimm, on arrive à la conviction que le Petit Chaperon rouge a existé.

Merci pour cette comparaison on ne peut plus pertinente.

Point N° 22

Dans mon tour d’horizon de l’invraisemblable dans les évangiles, il faut s’attarder sur les miracles. C’est l’objet de mon chapitre 5.

Les évangiles nous racontent quantité de miracles de Jésus réellement prodigieux, époustouflants. On peut s’étonner que seuls les chrétiens les aient remarqués. On peut donc douter de leur réalité ou au moins de leur ampleur.

Encore une fois Georges Daras s’emploie à défendre les évangiles. Il nous explique qu’il est normal d’y trouver des histoires invraisemblables car leurs auteurs font de la théologie et car ils cherchent à propager leur foi.

Je suis d’accord avec lui. Je lui accorde même que les auteurs des évangiles ne sont pas malhonnêtes et que ce qu’ils font est normal.

Cependant mon propos n’est pas là, pour l’instant je souhaite tout simplement dire que les histoires que racontent les évangiles sont invraisemblables.

Georges Daras appelle ensuite à la rescousse Flavius Josèphe et le Talmud. Il s’empresse aussitôt de préciser que cette défense ne tient pas.

Point N° 23

Georges Daras me reproche encore une fois de « discréditer » les évangiles. Je dis seulement qu’ils racontent des histoires invraisemblables.

Georges Daras ne comprend pas pourquoi je pense que Jésus n’a pas existé, il y voit une démarche de foi.

Alors, récapitulons :

– les évangiles sont notre seule source directe sur Jésus (c’est l’objet de mon chapitre 2 que Georges Daras s’est dispensé de critiquer).

– les évangiles nous racontent tellement de choses incroyables qu’on peut douter de leur crédibilité.

– l’intention des auteurs des évangiles est de faire de la théologie et de transmettre leur foi.

– l’usage massif de l’Ancien Testament pour construire leurs histoires montre que ces auteurs n’avaient pas besoin d’un Jésus réel pour écrire les évangiles.

Dans ces conditions, on peut suggérer que l’existence des évangiles ne prouve pas que Jésus a existé.

Point N° 24

Georges Daras me reproche encore de dénigrer et de mépriser les évangiles.

Il pose la question de savoir si la présence de théologie dans un texte implique son absence de valeur documentaire. Bien sur que non. Cependant, il ne faut pas voir les problèmes séparément. Il faut regarder les quatre problèmes que j’ai listés au point N° 23.

La suite

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