Des chrétiens m’écrivent

Ils sont très aimables. Ils regrettent que je ne croie pas, me suggèrent d’entendre enfin la Bonne Nouvelle, me mettent en garde car au paradis il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, me rappellent que Jésus m’aime et qu’il m’aidera…

La dernière en date est plus construite que les autres : « Quelle tristesse, tant d’énergie pour quelque chose d’aussi vain … Quel chrétien se soucie de savoir si les sciences ont démontré ou non l’historicité de Jésus Christ ?? Les évangiles sont amplement suffisants. Il est ressuscité, il nous libère du mal qui nous retenait et qui malheureusement vous retient encore … Oui, que d’énergie dépensée en vain … »

Évangiles contre science (ou raison), pas moyen de trancher. Nos façons de (nous) convaincre ne sont pas les mêmes. Le discours chrétien ne me parle pas et je n’ai pas l’ambition de convaincre les croyants.

 

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Wikipedia 1: un exemple très net de désinformation

Commençons par le pire : la combinaison d’une argumentation défaillante et d’une désinformation assumée.

La méthode utilisée ici est un classique de la désinformation : la citation tronquée. Wikipedia cite un paragraphe d’un livre d’un historien en supprimant les deux premières phrases. Ces deux premières phrases préviennent le lecteur que tout ce qui suit n’est pas bien assuré. Sans ces précautions, le texte devient beaucoup plus affirmatif que ne le veut son auteur. Nous parlerons ensuite du sens de ce texte mais, pour l’instant, jugez de l’honnêteté du procédé.

 

Dans le livre, le chapitre commence ainsi :

Quelle est la valeur de tous ces témoignages historiques? Très faible, on doit l’admettre, à la lumière de la confusion qui règne à propos des dates, des personnages et des faits qui caractérisent ces histoires rabbiniques, et à l’étrangeté de beaucoup de ce qu’elles racontent. Mais il semble clair qu’

 

Wikipedia écrit ceci :

« L’historien R.T. France estime qu’« au plus tard au début du second siècle, Jésus était connu et exécré comme un faiseur de miracles et un prédicateur qui avait rassemblé de nombreux disciples, et avait été justement exécuté comme « quelqu’un qui détournait Israël de son chemin ». Aussi peu flatteur que cela soit, cela constitue, de façon déformée, une preuve de l’impact des miracles et de l’enseignement de Jésus. La conclusion, selon laquelle cela repose uniquement sur les prétentions des chrétiens, et que « les juifs du second siècle adoptèrent sans le remettre en doute le présupposé chrétien que Jésus avait réellement existé » est uniquement dictée par un scepticisme dogmatique. Il est peu vraisemblable que ces polémiques, reprenant souvent des « éléments » différents de ceux auxquels les chrétiens croyaient, soient apparus en moins d’un siècle au sujet d’une figure inexistante ».

 

Ce passage se trouve à la fin du chapitre L’ancienneté des sources non chrétiennes de l’article de Wikipedia.

Référence : Richard Thomas France. The Evidence for Jesus. Hodder & Stoughton, 1999 (première édition de 1986). Page 38.

J’ai signalé ce problème à Wikipedia le 13 juin 2011 (il en reste la trace dans la page de discussion de l’article). La citation a été complétée puis à nouveau mutilée quelques jours plus tard.

Wikipedia trafique cette source pour faire croire qu’il existe une preuve de l’existence de Jésus. Wikipedia le sait et Wikipedia s’en moque. Cet article est militant, la connaissance n’est pas sa priorité.

Je déplore que des militants verrouillent cet article pour faire croire que l’existence de Jésus est établie. Je le déplore mais cela ne m’étonne pas. Je trouve plus surprenant qu’il ne se soit trouvé personne dans la hiérarchie de Wikipedia pour mettre un terme à ce scandale. Wikipedia n’est-il donc pas soucieux de sa réputation ?

 

Pourquoi le Talmud ?

Cela n’apparait pas clairement dans l’article mais la citation de R. T. France est la conclusion d’un chapitre sur le Talmud.

Le Talmud est un immense recueil d’écrits juifs datant de l’Antiquité. On a cherché partout des témoignages fiables sur Jésus. On a donc cherché dans le Talmud et on y a trouvé quelques mentions de Jésus. Les historiens que j’ai consultés sont très pessimistes sur la qualité de ces témoignages. Ils estiment que le Talmud n’a pas été écrit pour faire de l’histoire [1], que son témoignage sur Jésus est tardif [2], qu’il n’est pas un témoignage direct mais qu’il s’inspire du discours chrétien [3].

Un des auteurs de l’article de Wikipedia a cependant déniché et cité un historien (R. T. France) qui voit dans le Talmud une preuve de l’existence de Jésus. Cet historien, comme ses collègues, précise que le Talmud n’est pas bien fiable. Comme je l’ai dit plus haut, cette précision a été supprimée de l’article de Wikipedia.

Où R. T. France voit-il que Jésus était considéré comme « un faiseur de miracles » ?

Wikipedia mentionne un texte talmudique mais ne dit rien de son contenu. Cela ne facilite pas la compréhension du lecteur non initié. Le texte en question est TbSanhedrin 43a. Il y est question du procès de Jésus qui « va être lapidé, parce qu’il a pratiqué la sorcellerie et qu’il a séduit et égaré Israël ». La sorcellerie désigne les miracles de Jésus. On peut donc affirmer que le texte TbSanhedrin 43a considère Jésus comme un faiseur de miracles.

Où R. T. France voit-il une preuve ?

Ici aussi le lecteur non initié ne peut pas comprendre. Le raisonnement est le suivant : les auteurs du Talmud détestaient les chrétiens et détestaient Jésus. Cela apparait clairement dans les textes. Pourtant il est écrit dans le Talmud que Jésus a fait des miracles.

Qu’un ennemi de Jésus reconnaisse que Jésus a fait des miracles, c’est, pour R. T. France, la preuve (« preuve de façon déformée ») que Jésus a fait des miracles et donc qu’il a existé : si Jésus n’avait pas fait de miracle, ses adversaires l’auraient signalé, dans le Talmud et ailleurs.

Ce serait peut-être convainquant si cet auteur juif ennemi de Jésus reconnaissait ainsi un mérite à Jésus. Ce n’est pas le cas puisque les miracles de Jésus, la sorcellerie, constituent un des crimes qui lui valent d’être condamné à mort.

Une autre objection est assez naturelle : il est possible que les auteurs du Talmud ne savaient, sur Jésus et ses miracles, rien de plus que ce que disaient les Chrétiens. Comme je l’ai dit plus haut à la note 3, c’est l’avis de la plupart des historiens qui ont étudié le Talmud.

R.T. France se débarrasse de l’objection en l’attribuant à des adversaires bornés [4]. C’est insuffisant.

Le point de vue de R. T France peut cependant être présenté dans l’article de Wikipedia puisqu’il émane d’un historien professionnel. J’ai tenté de signaler le point de vue opposé en citant un autre historien professionnel, beaucoup plus estimé. Cela fut refusé pour des raisons arbitraires que le lecteur intéressé peut découvrir à la note [5].

 

 

[1] « le corpus talmudique n’est pas, à proprement parler, une littérature historique au sens où on peut l’entendre depuis le XIXe siècle. C’est d’abord un corpus narratif et légaliste, qui n’a aucunement vocation de faire œuvre d’historicité » (Dan Jaffé. Le Talmud et les origines juives du christianisme. Cerf, 2007. Page 195).

« ces passages mêmes ont peu de valeur historique, car ils tiennent bien plus du réquisitoire et de la polémique contre le fondateur d’une secte haïe que de la relation objective de l’historien » (Joseph Klausner. Jésus de Nazareth. 1922. Page 16).

« Mais les interroger sur Jésus, c’est pratiquement à chaque fois poser une question hors sujet à un ensemble de textes qui ont légitimement leurs propres préoccupations. Le cadre dans lequel se situe ces documents est avant tout l’histoire du judaïsme et non l’histoire de Jésus » (John P. Meier. Un certain Juif Jésus. Tome 1. Page 66).

[2] Jésus « est absent de la Mishna et de la Tosephta [des parties du Talmud] dont les compilations datent de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle], et on ne le rencontre que dans les compositions plus tardives du Talmud de Jérusalem et du Talmud de Babylone » (Simon Claude Mimouni. Le christianisme des origines à Constantin. Puf, 2006. Page 76).

« Notre collection la plus ancienne de matériaux rabbiniques, la Mishna, date de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle apr. J.C. ; toutes les autres collections lui sont postérieures. Il ne viendrait pas à l’idée de la plupart des commentateurs chrétiens de prétendre que les Pères de l’Église du début du IIIe siècle avaient sur Jésus une connaissance directe historiquement fiable qui aurait été indépendante du Nouveau Testament. Pour la même raison, il faut a priori se montrer prudent vis-à-vis de certaines affirmations selon lesquelles de telles traditions indépendantes se trouveraient dans un document juif de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle » (John P. Meier. Un certain Juif Jésus. Tome 1. Page 66).

[3] Le Talmud « ne nous fournit aucune source indépendante pour notre enquête sur le Jésus historique » (John P. Meier. Un certain Juif Jésus. Tome 1, 1991. Page 70).

« Le point de vue de la plupart des spécialistes du Talmud, est que tous ces passages dérivent de traditions chrétiennes et ne constituent pas une tradition juive indépendante » (Rabbi Samuel Sandmel. We Jews and Jesus. New York, Oxford University, 1965. Note 1 page 28).

« Les chercheurs juifs sont, par conséquent, d’accord avec les chercheurs chrétiens pour dire que le Talmud ne peut être utilisé comme une source pour la vie de Jésus ; il ne présente rien de positif en plus de ce que nous connaissons déjà par les Évangiles. Ce qu’il apporte, c’est une caricature intentionnellement polémique » (Gösta Lindeskog. 1938. Cité par John P. Meier. Un certain Juif Jésus. Tome 1. Note 55 page 314).

[4] Suite et fin de la citation : « La conclusion, selon laquelle cela repose uniquement sur les prétentions des chrétiens, et que « les juifs du second siècle adoptèrent sans le remettre en doute le présupposé chrétien que Jésus avait réellement existé » est uniquement dicté par un scepticisme dogmatique. Il est peu vraisemblable que ces polémiques, reprenant souvent des « éléments » différents de ceux auxquels les chrétiens croyaient, soient apparus en moins d’un siècle au sujet d’une figure inexistante »

[5] « dans les sources rabbiniques les plus anciennes, on ne trouve aucune référence claire ni même probable à Jésus de Nazareth » (John P. Meier, Un certain Juif Jésus, page 70).

John P. Meier étant un auteur reconnu, d’une notoriété très supérieure à celle de R. T. France et déjà cité dans l’article, cette citation me semblait acceptable. Et bien non. Voici ce que l’on m’a opposé :

« Vous instrumentalisez Meier à fins militantes en décontextualisant ses propos, dissimulant son point de vue sur l’existence historique de Jésus, etc. tout cela pour votre argumentation mythiste. Faites tout cela sur votre site et suscitez-y le débat ou l’intérêt (ça va être difficile, vu la qualité de l’argumentaire et des sources…) ici, sur wp.fr, si vous persévérez à militer et surtout déformer et trahir les chercheurs, je gage que nous serons bientôt lassés de perdre notre temps pour de telles manœuvres, aussi grossières. » (Page de discussion, 30 mars 2010).

Qu’est-ce que cela signifie ? Que signifie « instrumentaliser Meier » ?

Comme d’habitude, il faut décoder. Meier croit en l’existence de Jésus. S’il existe dans les écrits de Meier un élément qui ne soutient pas l’existence de Jésus, cet élément ne doit pas être signalé. C’est cela « instrumentaliser Meier ». Cela n’a rien à voir ni avec l’objectivité ni avec le règlement de wikipedia.

 

 

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Wikipedia 2: un argument bien faible

L’article Thèse mythiste de Wikipedia répète à plusieurs reprises que les historiens compétents affirment que Jésus a existé. Wikipedia nous informerait davantage avec un chapitre disant clairement pourquoi il en est ainsi. Wikipedia ne le fait pas mais on trouve quelques arguments disséminés dans l’article. À ma connaissance, tous les arguments en faveur de l’existence de Jésus sont faibles (voir Une invention nommée Jésus), les arguments donnés par Wikipedia ne font pas exception.

Restons dans le chapitre L’ancienneté des sources non chrétiennes pour découvrir un argument classique : pendant l’Antiquité, aucun des nombreux adversaires du christianisme n’a contesté l’existence de Jésus. Il serait donc « invraisemblable » qu’aucun des adversaires du christianisme n’ai douté de l’existence de Jésus.

L’argument est impressionnant mais il faut se souvenir que les anciens ne raisonnaient pas comme nous. D’autres personnages de l’Antiquité n’avaient pas d’existence historique (Romulus, Hercule, Dionysos etc.) mais aucun des textes antiques qui nous sont parvenus ne doute de leur existence.

Ce n’est pas moi qui l’affirme mais l’historien Paul Veyne, professeur au Collège de France et immense connaisseur de la littérature de l’Antiquité : « Voici le paradoxe : il y a eu des esprits pour ne pas croire à l’existence des dieux, mais jamais personne n’a douté de celle des héros […] [avant le quatrième siècle de notre ère] absolument personne, chrétiens compris, n’a émis le moindre doute sur l’historicité d’Enée, de Romulus, de Thésée, d’Hercule, d’Achille et même de Dionysos… » Paul Veyne. Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ? Seuil, 1983. Page 53.

Finalement, oui, il est exact que, pendant l’Antiquité, les adversaires du christianisme n’ont pas contesté l’existence de Jésus. Mais, non, cela n’indique pas que Jésus a existé.

 

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Wikipedia 3: deux arguments très faibles

On trouve deux autres arguments dans le chapitre La question de la crucifixion.

Premier argument

Le premier argument affirme qu’il est invraisemblable que des chrétiens aient inventé la crucifixion de Jésus. L’article ne dit pas précisément pourquoi, peut-être car la crucifixion semble incompatible avec le statut divin de Jésus.

Il est vrai qu’un dieu mérite tous les égards et qu’un crucifié est particulièrement maltraité.

Il faut cependant relever que la crucifixion de Jésus est présentée dans le Nouveau Testament (les principaux écrits chrétiens) comme un sacrifice pour le salut de son peuple [1]. Si Jésus devait être la victime d’un sacrifice alors Jésus devait être maltraité. La crucifixion est un excellent moyen de remplir ce programme. Il est donc possible (et pas « invraisemblable ») que la crucifixion, comme le reste de l’histoire de Jésus, ait été inventée pour des raisons théologiques.

Deuxième argument

On nous parle de la conception que les docètes se faisaient de Jésus.

Je défie quiconque n’a pas étudié la question de comprendre où l’auteur veut en venir. Si vous comprenez l’argument, vous verrez qu’il est vraiment très faible. Le lecteur intéressé (mais ce n’est pas très intéressant) trouvera les détails à la page de discussion de l’article à la date du 31 mai 2009.

Sur ce point aussi j’ai tenté de modifier l’article pour le rendre plus clair. Les administrateurs s’y sont opposés.

[1] Romains 5,8-9 ; 1 Pierre 2,21-24 ; Romains 3,25 ; Hébreux 2,17-18.

 

 

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Mon éditeur: Amazon et CreateSpace

Après le refus de vingt-cinq éditeurs, les éditions Aden de Bruxelles ont publié en 2008 Une invention nommée Jésus. Après avoir épuisé le premier tirage, Aden n’a pas souhaité en imprimer un second. J’ai donc cherché un autre éditeur, en vain.

Il faut constater qu’un livre contestant l’existence de Jésus, cela n’intéresse aucun éditeur. Depuis que Gallimard a publié Linvention de Jésus du regretté Bernard Dubourg en 1989, aucun éditeur non confidentiel n’a publié un livre en français sur ce sujet.

J’ai donc fait appel aux services de CreateSpace, qui reçoit des livres sous forme de fichiers informatiques et met gratuitement à la disposition des auteurs des logiciels de mise en page et de confection de couverture. Le livre est ensuite imprimé à la demande et distribué par Amazon.

Amazon est un géant guère sympathique mais il est clair que sans lui, la seconde édition d’Une invention nommée Jésus n’existerait pas. Amazon peut être l’ami des petits. À méditer.

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