Eubule

Eubule

            D’après Alfaric, Las Vergnas et Fau, un certain Eubule avait écrit une sorte d’évangile qui racontait de nombreux détails de la vie de Mithra :

            « Les disciples de Mithra possédaient un récit très circonstancié des hauts faits de leur maître. On nous parle d’un certain Euboulos qui exposa son histoire “en de nombreux livres”. Cet évangile d’un autre genre était plus étendu qu’aucun des nôtres, et il devait avoir un contenu analogue. » Alfaric, Jésus a-t-il existé ? Page 38.

            « Enfin, un certain Euboulos raconte la vie de Mithra “en de nombreux livres” analogues à nos évangiles. » Las Vergnas, Jésus a-t-il existé ? Page 111.

            « Il existait une sorte d’évangile racontant la vie terrestre de Mithra, son enfance, sa lutte contre les puissances du mal, le dernier repas qu’il prit avec ses disciples, sa mort et son ascension glorieuse. » Fau, La fable de Jésus. Page 215.

            Deux références sont données :

            « Il y avait de trois sortes de mages, ainsi que le rapporte Eubule qui a fait l’Histoire de Mithra en plusieurs livres. Les plus parfaits des mages, ceux qui sont dans la première classe, ne mangent rien d’animé et ne tuent rien de ce qui a vie. » La suite traite du régime alimentaire des trois sortes de mages, de leurs rapports avec les animaux et de métempsychose, rien qui puisse évoquer Jésus. Porphyre, De l’abstinence, 4,16.

            « Eubule, qui a expliqué l’histoire de Mithra en plusieurs livres, raconte que chez les Perses il y avait trois genres de mages dont les premiers, qui étaient les plus savants et les plus éloquents, qui prenaient comme nourriture rien de plus que de la farine et des légumes. » Jérôme, Contre Jovinien, 2,14.

            Les textes de Porphyre et de Jérôme disent effectivement qu’Eubule a fait l’histoire de Mithra en plusieurs livres mais pour le reste, nos mythistes rêvent : rien de ce qu’ils affirment ne se trouve dans les références qu’ils donnent.

            Rien ne permet d’estimer que les livres d’Eubule contenaient « un récit très circonstancié des hauts faits de » Mithra, qu’il était « plus étendu que nos évangiles » ou qu’ils avaient « un contenu analogue ».

            Fau se hasarde à détailler le contenu des livres d’Eubule et cela ne correspond pas à ce que l’on sait de Mithra par les images trouvées dans les lieux de culte.

            On y rencontre souvent un repas partagé par Mithra et par le dieu Sol (ou Hélios). Rien ne dit que ce repas fut le dernier ni qu’il fut partagé avec des disciples.

           Après ce repas, Mithra monte au ciel sur le char de Sol . C’est cela que Fau appelle « son ascension glorieuse », certainement pour construire un rapprochement avec Jésus.

            Mithra ne meurt pas, Fau ne devrait pas parler de sa mort.

            Le reste, « son enfance, sa lutte contre les puissances du mal, ses disciples », ne sont pas des exagérations mais de simples inventions.

Les évangiles ont été écrits par des Juifs pour des Juifs.

            On reproche à Jésus d’avoir guéri un homme pendant le sabbat. Jésus argumente :

« Alors on circoncit pendant le sabbat de peur de violer la loi de Moïse, et vous vous irritez contre moi parce que j’ai guéri un homme tout entier pendant le sabbat ? » (Jean 7,23) [1].

            Il ne faut pas travailler pendant le sabbat (Deutéronome 5,13) mais il faut circoncire un garçon le huitième jour après sa naissance (Lévitique 12,3). Que faire si le huitième jour après la naissance de l’enfant est un sabbat ? Il faut circoncire mais, comme il ne faut pas travailler, on viole la Loi. C’est pour cela qu’« on circoncit pendant le sabbat de peur de violer la loi de Moïse ».

            Comment penser qu’un auteur non juif ait un tel souci et une telle connaissance des lois juives ? Comment penser qu’un auteur non juif espère intéresser ses lecteurs avec de telles considérations ?

            De même, on peut se demander pourquoi un païen aurait écrit que le message de Jésus ne concerne pas les païens :

« Ne prenez pas le chemin des païens, n’entrez pas dans une ville de Samaritains » (Matthieu 10,5).

« je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Matthieu 15,24)

            Les évangiles sont imprégnés de préoccupations purement juives.


[1] Pour les évangiles, j’utilise la traduction de Jean Grosjean, Gallimard, 1971.