Jérôme

                À lire Fau et Las Vergnas, Adonis a été vénéré à Bethléem avant Jésus.

D’après Fau,

                 « le culte d’Adonis […] était fort répandu : à Chypre, au Liban, […] et même à Bethléem, selon Jérôme. » (page 213).

                Las Vergnas est plus précis :

                « Bethléem qui maintenant nous appartient, dit saint Jérôme, était à l’ombre du bocage de Tammouz, c’est-à-dire d’Adonis. Dans la crèche où l’enfant Jésus poussa ses premiers cris, on se lamentait sur le bien-aimé de Vénus. » (page 102).

Le texte de Jérôme est la fin de la lettre 58 à Paulin :

                 « Il y avait aussi un bois consacré à Thamus, c’est-à-dire à Adonis près de la ville de Bethléem, ce lieu le plus auguste de l’univers, dont le prophète-roi a dit : “La vérité est sortie de la terre” et l’on pleurait le favori de Vénus dans l’étable où l’on avait entendu les premiers cris de Jésus-Christ enfant. »

                À Bethléem le culte d’Adonis a précédé le culte de Jésus. Voilà qui est intéressant pour le mythisme ! Malheureusement, la citation est incomplète et cela change tout. Les deux phrases qui précèdent cette citation indiquent qu’à Bethléem on a adoré Jésus puis Adonis puis Jésus, alors que Fau et Las Vergnas indiquent seulement Adonis puis Jésus :

                « Depuis l’empereur Adrien jusqu’à Constantin, c’est-à-dire pendant près de cent quatre-vingts ans, les païens ont adoré l’idole de Jupiter au lieu même où Jésus-Christ est ressuscité; ils ont rendu le même culte à une statue de marbre qu’ils avaient consacrée à Vénus sur la montagne où le Fils de Dieu fut crucifié. Ces ennemis déclarés du nom de chrétien s’imaginaient qu’en profanant les lieux saints par un culte idolâtre ils pourraient abolir la croyance à la mort et à la résurrection du Sauveur. »

                Il y avait effectivement un culte d’Adonis à Bethléem mais Jérôme précise que cela profanait un lieu saint chrétien. À Bethléem le culte de Jésus a donc précédé celui d’Adonis.

            Cela est confirmé par les indications chronologiques que donne Jérôme : en 135 Jérusalem fut prise par l’empereur romain Hadrien, interdite aux Juifs et livrée aux cultes païens. Jérusalem fut rendu au christianisme par l’empereur Constantin qui régna à partir de 310. Entre ces deux dates il y a effectivement « près de cent-quatre-vingts ans ».

                Complètement cité, le texte de Saint Jérôme n’a plus aucun intérêt pour le mythisme. En l’amputant de ses deux premières phrases, on laisse entendre ce qu’il ne dit pas : que le culte d’Adonis a inspiré le culte de Jésus.

Quelques références revendiquées à l’Ancien Testament dans les évangiles

Les références à l’Ancien Testament (les « Écritures »), sont très nombreuses dans les évangiles et sont signalées par des formules comme « car il est écrit » ou « pour remplir cette parole des prophètes ».

Dans l’évangile selon Matthieu

1,22 Tout cela arriva pour remplir cette parole du Seigneur qui dit par le prophète : Voici, la vierge sera enceinte et enfantera un fils, et lui, on l’appellera Emmanuel, ce qui veut dire Dieu avec nous.

2,5 Ils lui dirent : À Bethléem de Judée ; car il est écrit pas le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es sûrement pas le moindre des chefs-lieux de Juda ; de toi en effet sortira un chef qui fera paître mon peuple Israël.

 2,15 et il y fut jusqu’à la mort d’Hérode, pour remplir cette parole du Seigneur qui dit par le prophète : J’ai rappelé d’Égypte mon fils.

2,17 Alors fut remplie cette parole du prophète Jérémie qui dit : Une voix est entendue dans Rama, sanglot et plainte ô combien ! Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas être consolée, parce qu’ils ne sont plus.

2,23 et il vint habiter dans une ville appelée Nazareth ; pour remplir cette parole des prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

3,3 C’est de lui en effet qui parle le prophète Isaïe quand il dit : Voix qui clame dans le désert : Apprêtez le chemin du Seigneur, rendez droites ses chaussées.

4,4 Et lui de répondre : Il est écrit : L’homme ne vit pas que de pain mais de toute parole qui sont de la bouche de Dieu.

4,7 Jésus lui dit : Il est encore écrit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu

4,10 Alors Jésus lui dit : Va-t’en Satan, car il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu et le servira lui seul.

4,14 pour remplir cette parole du prophète Isaïe qui dit : Terre de Zabulon et terre de Nephtali, chemin de la mer au-delà du Jourdain, Galilée des Nations, le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière, et ceux qui sont assis dans le pays à l’ombre de  la mort, une lumière s’est levée pour eux.

5,12 Réjouissez-vous, exultez ; vous avez un bon salaire dans les cieux. Car c’est ainsi qu’on a poursuivi les prophètes avant vous.

5,17 Ne croyez pas que je sois venu défaire la Loi ou les Prophètes ; je ne suis pas venu les défaire mais remplir.

7,12 Tout ce que vous voudriez que les hommes fassent pour vous, faites-le donc aussi pour eux ; c’est cela la Loi et les Prophètes.

8,17 Et ainsi fut remplie cette parole du prophète Isaïe qui dit : Il a pris nos faiblesses et porté nos maladies.

10,41 Qui accueille un prophète en qualité de prophète recevra un salaire de prophète ; et qui accueille un juste en qualité de juste recevra un salaire de juste.

11,13 car tous les prophètes et la Loi jusqu’à Jean ont prophétisé.

12,17 afin de remplir cette parole du prophète Isaïe qui dit : Voici mon esclave que j’ai choisi, mon aimé, celui que mon âme approuve ; je mettrai mon esprit sur lui et il annoncera aux nations un jugement.

12,39 Il leur répondit : Une génération mauvaise et adultère recherche un signe ! Il ne lui sera donné de signe que celui du prophète Jonas ; car de même que Jonas a été trois jour et trois nuits dans le ventre du monstre, ainsi le fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre.13,17 Oui je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir ce que vous regardez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu.

13,35 c’était pour remplir cette parole du prophète qui dit : J’ouvrirai ma bouche avec des paraboles ; je clamerai ce qui a été caché depuis la fondation du monde.

21,4 Cela arriva pour remplir cette parole du prophète : Dites à la fille de Sion : Voici ton roi vient à toi, doux et monté sur un âne, sur un ânon, petit d’une bête de somme.

21,13 et leur dit : Il est écrit : Ma maison sera appelée maison de prière ; et vous en faites un antre de bandits.

21,42 Jésus leur dit : N’avez-vous lu dans les écritures : La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs est devenue tête d’angle : elle l’est devenue par le Seigneur, et à nos yeux c’est étonnant ?

22,29 Jésus leur répondit : Vous vous égare, vous ne connaissez ni les écritures, ni la puissance de Dieu.

23,37 Jésus lui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta vie et de tout ton esprit. Tel est le premier commandement. Le second lui est pareil : Tu aimeras ton proche comme toi-même. À ces deux commandements toute la Loi est suspendue, et les Prophètes.

24,15 Quand vous verrez l’horreur dévastatrice dont parle le prophète Daniel s’établir dans le lieu saint – comprenne celui qui lit !

26,24 Le fils de l’homme s’en va, selon ce qui est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il aurait été bon pour cet homme de ne pas naître !

26,31 Alors Jésus leur dit : Cette nuit, je vais vous scandaliser tous, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis du troupeau seront dispersées.

26,53 Crois-tu que je ne pourrais pas faire appel à mon père, qui mettrait à l’instant à ma disposition plus de douze légions d’anges ? mais comment seraient remplies les écritures ? Car il doit en être ainsi.

26,56 mais tout cela arriva pour remplir les écrits des prophètes. Alors tous les disciples le laissèrent et s’enfuirent.

27,9 Alors fut remplie cette parole du prophète Jérémie : Et ils ont pris les trente pièces d’argent, le prix de celui qui a été mis à prix.

Dans l’évangile selon Marc

1,2 Comme il est écrit dans le prophète Isaïe : Voici, j’envoie mon ange devant ta face pour préparer ton chemin.

7,6 Il leur dit : Isaïe prophétise bien de vous, comédiens, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi.

9,12 Comment donc a-t-on écrit du fils de l’homme qu’il doit beaucoup souffrir et être méprisé ?

9,13 Mais je vous le dis, Élie aussi est venu, et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu, comme on l’a écrit de lui.

11,17 il leur disait : N’est-il pas écrit : Ma maison sera appelée maison de prière, pour toutes les nations ? Et vous en avez fait un antre de bandits.

12,10 Vous n’avez donc pas lu ce qui est écrit : La pierre qu’avaient rejetée les bâtisseurs est devenue tête d’angle ; elle l’est devenue par le Seigneur et à nos yeux c’est étonnant ?

12,19 Maître, Moïse a écrit que si quelqu’un à un frère qui meurt en laissant une femme et pas d’enfant…

14,21 Car le fils de l’homme s’en va selon ce qui est écrit de lui ; mais malheur à l’homme par qui le fils de l’homme est livré ! Il aurait été bon pour cet homme de ne pas naître !

14,27 et Jésus leur dit : Vous allez tous être scandalisés. Car il est écrit : Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées.

14,49 Chaque jour j’étais devant vous, j’enseignais dans le Temple, et vous ne vous êtes pas saisi de moi. Mais c’est pour remplir les écritures.

Dans l’évangile selon Luc

2,22 ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur ; comme il est écrit dans la Loi du Seigneur : que tout premier-né mâle doit être consacré au Seigneur.

3,4 comme il est écrit au livre des paroles du prophète Isaïe : Voix qui clame dans le désert : Apprêtez le chemin du Seigneur, rendez droites ses chaussées.

4,4 Jésus lui répondit : il est écrit : L’homme ne vit pas que de pain.

4,8 Et Jésus lui répondit : Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu et le servira lui seul.

4,10car il est écrit : il donnera pour toi à ses anges ordre de te garder.

4,17 On lui donna le Livre du prophète Isaïe.

4,21 Aujourd’hui vous entendez cette écriture s’accomplir.

7,27 C’est de lui qu’on a écrit : Voici, j’envoie mon ange devant ta face, il préparera ton chemin devant toi.

10,26 Il lui dit : Qu’est-il écrit dans la Loi ? Qu’y lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta vie, de toute ta force et de tout ton esprit, et ton proche comme toi-même.

13,28 Là il y aura le sanglot et le grincement de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac, Jacob et tous les prophètes dans le règne de Dieu, et vous chassés dehors.

16,16 Jusqu’à Jean, c’était la Loi et les Prophètes ; depuis lors le règne de Dieu est annoncé et chacun lui fait violence.

16,31 Mais il lui dit : Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, si quelqu’un des morts ressuscite, cela ne les persuadera pas non plus.

18,31Voilà que nous montons à Jérusalem et tout ce que les prophètes ont écrit du fils de l’homme va être fini : il sera livré aux nations, moqué, outragé, conspué, on le fouettera, on le tuera et, le troisième jour, il ressuscitera.

19,46 Il leur dit : Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière ; et vous en avez fait un antre de bandits.

20,28 Maître, Moïse a écrit que si quelqu’un a un frère marié qui meurt sans enfant…

21,22 car ce sont là des jours de vengeance, de quoi remplir tout ce qui a été écrit.

22,37 Car je vous le dis, je dois finir aussi cette écriture : Et il a été compté avec les iniques.

24,25 Et il leur dit : ô cœurs insensés été lents à croire ce qu’ont dit les prophètes !

24,27 Et à partir de tous les prophètes à commencer par Moïse, il leur interpréta tout ce qui était écrit de lui.

24,32 N’avions-nous pas le cœur ardent quand il nous parlait en chemin, et qu’il nous ouvrait les écritures ?

24,44 Et il leur dit : C’était bien ce que je vous disais quand j’étais encore avec vous : il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. Alors il ouvrit leur intelligence pour qu’ils comprennent les écritures.

Dans l’évangile selon Jean

1,23 Moi ? Une voix qui clame dans le désert : Redressez le chemin du Seigneur, comme dit le Prophète Isaïe.

1,45 Nous avons trouvé celui dont parle la Loi de Moïse et les prophètes, c’est Jésus fils de Josèphe, de Nazareth.

2,17 Ses disciples se souvinrent qu’il est écrit : Le zèle de ta maison me dévore.

5,39 Vous scrutez les écritures parce que vous pensez avoir par elles la vie éternelle, or elles témoignent de moi.

5,46 Oui, si vous vous étiez fié à Moïse, vous vous fieriez à moi, car il a écrit de moi. Mais si vous ne vous fiez pas à ses  écrits, comment vous fierez-vous à mes paroles ?

6,31 nos pères ont mangé la manne dans le désert, comme il est écrit : Il leur a donné à manger le véritable pain du ciel.

6,45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par Dieu. Quiconque entend et apprend du Père vient à moi.

7,38 Comme dit l’écriture : Des fleuves d’eau vive couleront de sons sein.

7,42 Est-ce que l’écriture ne dit pas que le Christ vient de la semence de David et du village de Bethléem d’où était David ?

8,17 Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai.

10,35 l’écriture ne peut être défaite.

12,14 Jésus trouva un petit âne et monta dessus selon qu’il est écrit : Ne craint pas, fille de Sion, voici, ton roi vient, monté sur un petit d’ânesse.

12,16 les disciples, d’abord, ne le surent pas, mais quand Jésus fut glorifié, ils se souvinrent qu’il était écrit, ils se souvinrent que c’était écrit de lui et qu’on le lui avait fait.

12,38 c’était pour accomplir cette parole du prophète Isaïe : Seigneur, qui s’est fié à ce que nous entendions ?

13,18 Mais c’est pour accomplir cette écriture : Lui qui mange mon pain a levé le talon contre moi.

15,25 Mais c’est pour accomplir cette parole écrite dans leur loi : Ils m’ont haï sans cause.

17,12 pour accomplir les écritures.

19,24 Ils se dirent entre eux : Ne la déchirons pas, mais tirons-là au sort. C’était pour accomplir cette écriture : Ils se sont partagés mes habits, ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est ce que firent les soldats.

19,28 Après quoi Jésus, sachant que tout était fini, dit pour finir l’écriture : J’ai soif.

19,36 Car ce fut pour accomplir cette écriture : On ne lui brisera pas un os.

19,37 Et une autre écriture dit encore : Ils verront celui qu’ils ont transpercé. 20,9 Car ils ne savaient pas encore l’écriture, c’est-à-dire qu’il devait ressusciter d’entre les morts.

Les évangiles sont imprégnés de culture juive

Voici deux épisodes de la vie de Jésus qui sont clairement inspirés de récits juifs antérieurs de plusieurs siècles. C’est en vain que l’on cherche un rapprochement aussi net entre la vie de Jésus et celle de n’importe quel dieu païen

La tempête apaisée

 Lors d’une traversée en bateau, Jésus a calmé une tempête, de la même façon que Jonas, quelques siècles avant Jésus-Christ. Non seulement les histoires se ressemblent beaucoup mais elles sont racontées de la même façon dans l’évangile et dans l’Ancien Testament.

Jonas 1,4-16                                                          Matthieu 8,24-27

Mais le Seigneur lança sur la mer                   Et voilà qu’il se fit dans la

un vent violent ;                                                   mer une grande secousse

aussitôt la mer se déchaîna

à tel point que le navire menaçait                   au point que le bateau était

de se briser […]                                                    recouvert par les vagues.

Quant à Jonas […] il dormait                             Lui [Jésus], il dormait.

profondément.

Alors le capitaine s’approcha                          Ils s’approchèrent et le

de lui et lui dit :                                                   réveillèrent en disant :

[…] Lève-toi, invoque ton dieu.                        Sauve-nous, Seigneur,

Peut-être ce dieu-là songera-t-il                     

à nous et nous ne périrons pas. »                    nous périssons !

[…]                                                                      […]

Les hommes hissèrent alors                            Alors il se leva, tança

Jonas et le lancèrent à la mer.                         les vents et la mer,

Aussitôt la mer se tint immobile,                    et un grand calme se fit.

calmée de sa fureur.

Et les hommes furent saisis                             Et les hommes étonnés

d’une grande crainte à l’égard                         disaient : Qui est-il, que

du Seigneur, lui offrirent un                            même les vents et la

sacrifice et firent des vœux.                           mer lui obéissent ?

Les œuvres du Messie

Voici un extrait du livre d’Isaïe :

« L’esprit du Seigneur est sur moi. C’est pourquoi il m’a oint. Il m’a envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres, consoler tous les affligés, annoncer aux prisonniers la libération… » (Isaïe 61,1, d’après la Septante).

            Ce texte juif est daté du VIe siècle avant Jésus-Christ. Il est très proche des préoccupations chrétiennes :

– le narrateur est oint, c’est donc un Messie (« messie » signifie « oint »).

– comme lui, Jésus va annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres : « Heureux vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » (Luc 6,20 et parallèle en Matthieu 5,3).

– dans la version grecque de la Septante (que j’ai citée et qui n’est ici guère différente du texte hébreu actuel), « annoncer la Bonne Nouvelle » est rendu par le grec « euaggelizo » que l’on rencontre dans le Nouveau Testament et qui donne inéluctablement le français « évangéliser ». En grec, « évangile » signifie « bonne nouvelle ».

            Ce texte a manifestement influencé les évangiles. Un jour, Jean-Baptiste voulut savoir si Jésus était le Messie :

« Et Jean dans sa prison entendit les œuvres du Christ ; il lui envoya dire par ses disciples : Es-tu celui qui vient ? Ou si nous en attendions un autre ?

Jésus leur répondit : Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et ce que vous voyez :

les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts se relèvent, aux pauvres on annonce la Bonne Nouvelle » (Matthieu 11,2-5. Parallèle en Luc 7,18-23).

             « aux pauvres on annonce la Bonne Nouvelle » est une référence à Isaïe 61,1 cité plus haut, mais ce n’est pas tout car la réponse de Jésus est une mosaïque de citations du livre d’Isaïe au sujet de la venue du Messie :

– « les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent » est une référence à Isaïe 35,4-6[2].

– « les morts se relèvent » est une référence à Isaïe 26,19[3].

            Jésus répond qu’il est bien le Messie (« celui qui vient »). Il montre que son action est celle qu’avait annoncée le prophète Isaïe : guérison et enseignement des humbles. Jésus a fait des miracles pour accomplir les Écritures concernant le Messie. Car c’était écrit.

Mais ce n’est pas tout. Les auteurs du Évangiles n’ont pas été les premiers à considérer Isaïe 61,1 comme une prophétie messianique. Un des manuscrits de la mer Morte [4] présente avec Matthieu 11,5 (la réponse de Jésus à Jean Baptiste) une évidente parenté.

Manuscrit de la mer Morte                                         Matthieu 11,2-5

les cieux et la terre écouteront son Messie

[…]

[ il ] rend la vue aux aveugles,                                les aveugles voient,

redresse les courbés                                                  les boiteux marchent,

[…]

Car il guérira les blessés,                                         les lépreux sont purifiés,

                                                                                     les sourds entendent,

fera revivre les morts                                                les morts se relèvent,

et apportera la bonne                                                aux pauvres on annonce

nouvelle aux pauvres.                                                la Bonne Nouvelle.

            Les œuvres du Messie apparaissent dans le même ordre : guérisons, résurrections et annonce de la Bonne Nouvelle. L’interprétation que les évangiles font de la prophétie d’Isaïe est conforme à la tradition juive de l’époque intertestamentaire.

            À propos de miracles messianiques, le début du texte (« les cieux et la terre écouteront son Messie ») m’interpelle aussi. Après que Jésus eut ordonné à la tempête de s’apaiser (voir l’exemple précédent), « les hommes étonnés disaient : Qui est-il, que même les vents et la mer lui obéissent ? » (Matthieu 8,27, la tempête apaisée). Ce manuscrit nous souffle la réponse : Jésus est le Messie.

            Ces deux textes juifs non chrétiens traitent d’un Messie qui annonce l’Évangile. La pensée des évangiles est décidément une pensée juive.


[1] Pour les évangiles, j’utilise la traduction de Jean Grosjean, Gallimard, 1971.

[2] « Voici votre Dieu […] Il vient lui-même vous sauver. Alors, les yeux des aveugles verront et les oreilles des sourds s’ouvriront. Alors, le boiteux bondira comme un cerf et la bouche du muet criera de joie. »

[3] « Tes morts revivront, leurs cadavres ressusciteront […] et la terre aux trépassés rendra le jour. »

[4] 4Q521, écrit en hébreu. Cité d’après Geza Vermes, Enquête sur l’identité de Jésus. Bayard, 2003. Page 22.

Des rapprochements entre la vie de Mithra et celle de Jésus

            Alfaric et Fau savent de source sûre que la vie de Mithra et la vie de Jésus se ressemblaient beaucoup :

            « Vers le milieu du II e siècle et vers le début du III e, saint Justin et Tertullien constatent que sa vie, comme celle des autres dieux sauveurs, ressemble sur beaucoup de points à celle de Jésus. » Alfaric, Jésus a-t-il existé ? Page 38.

            « Justin et Tertullien trouvaient beaucoup de ressemblances entre la vie de Mithra et celle de Jésus. » Fau, La fable de Jésus. Page 215.

Les deux références sont données :

             « Les mauvais démons ont imité cette institution [l’eucharistie] dans les mystères de Mithra : on présente du pain et une coupe d’eau dans les cérémonies de l’initiation et on prononce certaines formules que vous savez ou que vous pouvez savoir. » Justin, Première Apologie, 66,4.

             « Le diable imite dans les mystères les choses de la foi divine, il baptise, il marque au front les soldats, il célèbre aussi l’oblation du pain, il offre une image de la résurrection, il impose à son grand prêtre une épouse unique, il a aussi ses vierges. » Tertullien, De la prescription des hérétiques, 40.

            Justin et Tertullien parlent de rites mais pas de la vie de Mithra et pas non plus de la vie de Jésus, contrairement à ce qu’affirment Alfaric et Fau. C’est regrettable car les ressemblances de rites ne disent rien de l’existence de Jésus. Ce sont des rapprochements avec la vie de Jésus qui seraient probants.

La résurrection

La résurrection

            Voici quelques points de vue mythistes sur la résurrection :

            « La renommée des « dieux sauveurs » qui meurent pour revivre et pour assurer à leurs fidèles une éternité de bonheur s’est propagée de bonne heure jusqu’en Galilée et en Judée. Les premiers chrétiens n’ont pu les ignorer ni se dérober à leur influence. »

Alfaric, Jésus a-t-il existé ? Réédition de 2005, page 63.

             « Tammouz, Adonis, Osiris, après trois jours symboliques passés au tombeau, ressuscitaient sous le jeune soleil. Adonis revivait le 25 mars, Marduk le 8 de nizan. »

            « On avait les meilleurs témoins: nous savons par Firmicus Maternus (vers 350) que les prêtres d’Attis prétendaient l’avoir enseveli de leurs mains et constaté ensuite sa résurrection (Firmicus Maternus, De errore profanarum religionum, 3,1). Ce vide si attesté du tombeau impressionnait beaucoup de gens. Les historiens profanes authentifiaient : Hérodote décrit la vie humaine d’Attis (Note : Histoires 1-34-43. Il fait d’Attis un fils de Crésus mort dans une battue au sanglier.)  »

Las Vergnas, Jésus a-t-il existé ? pages 104 et 111.

            « Adonis, comme Jésus, naît d’un dieu et d’une vierge, meurt pour le rachat des hommes et, comme Jésus, ressuscite à l’équinoxe de printemps. »

            « A la fin des temps, il [Mithra] doit reparaître sur son char céleste, dominant les nuées, pour assurer le triomphe définitif du bien et du mal : alors, les morts ressusciteront dans la chair. »

Fau, La fable de Jésus, pages 204 et 216.

            « Par l’effusion du sang humain, source de vie, le dieu a été régénéré. Dans la fraicheur du matin on crie : “Attis revit ! Salut, ô fiancé, salut, lumière nouvelle !” »

Couchoud, Le dieu Jésus, page 149.

            Ceci est très exagéré[1] et parfois inexact[2][3] mais peu importe. La résurrection est présente dans certaines religions à mystères et aussi dans l’Ancien Testament[4]. Et alors ? On peut raconter une histoire de résurrection à propos d’un personnage ayant existé ou d’un personnage de légende. Ce n’est pas ainsi qu’on peut savoir si Jésus a existé.


[1] D’après Walter Burkert, professeur de Philologie classique à l’Université de Zurich et spécialiste reconnu des mythes et religions de l’Antiquité :

« Il n’existe aucun témoignage attestant “la résurrection d’Attis” ; même Osiris reste chez les morts ; et si Perséphone retourne, chaque année, dans le monde dans un événement joyeux pour les dieux et les hommes, cela ne veut pas dire que les initiés la suivent. La mort est sans doute présente dans tous les mystères, mais le concept de “renaissance” ou de “résurrection”, qu’il s’agisse du dieu ou de ses mystes, est à peine mentionné. »

Walter Burkert, Les cultes à mystères dans l’Antiquité. Les Belles Lettres, 2003. Page 71.

[2] La dernière citation de Las Vergnas mérite d’être rectifiée. Las Vergnas affirme qu’« on avait les meilleurs témoins » : Firmicus Maternus et Hérodote à propos du tombeau vide et de la résurrection d’Attis.

Firmicus Maternus est tardif.

                Las Vergnas précise « Firmicus Maternus (vers 350) », c’est trop tardif pour indiquer une antériorité d’Attis sur Jésus.

Avant Firmicus Maternus, il n’est pas question de sépulture d’Attis.

                La mort d’Attis nous est connue par la Bibliothèque historique de Diodore de Sicile (-60 ; -30), livre 3, chapitre 59. D’après Diodore de Sicile, on a organisé une sépulture factice car le corps d’Attis avait disparu après avoir été laissé sans sépulture.

                 « … le père fit tuer les bergères qui l’avaient nourrie ainsi qu’Attis, et laissa leurs corps sans sépulture. Transportée d’amour pour ce jeune homme et affligée du sort de ses nourrices, Cybèle devint folle ; elle parcourut le pays, les cheveux épars, en gémissant et en battant du tambour […] A cette époque, les Phrygiens étaient affligés par une maladie, et la terre était stérile. Dans leur détresse, les habitants s’adressèrent à l’oracle, qui leur ordonna d’enterrer le corps d’Attis et d’honorer Cybèle comme une déesse. Mais comme le corps d’Attis avait été entièrement consumé par le temps, les Phrygiens le représentèrent par la figure d’un jeune homme, devant laquelle ils faisaient de grandes lamentations, pour apaiser la colère de celui qui avait été injustement mis à mort… »

Voir le texte complet ici.

Avant Firmicus Maternus, il n’est pas question de résurrection d’Attis.

                Il faut attendre le IVe siècle après Jésus-Christ pour avoir un document mentionnant la résurrection d’Attis : dans son De l’erreur des religions païennes, Firmicus Maternus (IVe siècle après Jésus-Christ) présente la résurrection d’Attis comme une invention des prêtres d’Attis :

                « Les Phrygiens, qui habitent la ville de Pessinonte le long du fleuve Gallus, attribuent à la terre une espèce de domination sur les autres éléments, et la regardent comme la mère de toutes choses. Pour instituer, aussi bien que les autres, des fêtes et des cérémonies perpétuelles, ils consacrèrent les amours de leur reine, et la vengeance tyrannique qu’elle avait tirée du mépris d’un jeune homme qu’elle aimait. Pour apaiser la colère ou pour consoler la douleur de cette reine, ils ont publié que ce jeune homme, qu’ils avaient mis dans le tombeau, était revenu à la vie; et enfin, pour charmer l’impatience et la fureur de cette femme, ils ont élevé des temples à la mémoire de son amant. Ils ont voulu que les prêtres de ce nouveau dieu reçussent un traitement pareil à celui que cette reine irritée avait fait souffrir à l’amant qui avait méprisé sa beauté et rejeté ses caresses. Ainsi, dans les sacrifices que l’on renouvelle chaque année en l’honneur de la terre, on ne fait que célébrer la mémoire d’une pompe funèbre; et en abusant de l’ignorance des peuples, on leur fait croire qu’ils honorent la terre, dans le temps qu’ils n’honorent qu’un tombeau. »

Voir le texte complet au début du chapitre II ici.

                La résurrection d’Attis semble donc être apparue entre Diodore de Sicile (avant Jésus-Christ) et Firmicus Maternus (bien après Jésus-Christ). Rien ne permet d’affirmer que la résurrection d’Attis a précédé et a inspiré la résurrection de Jésus.

                Robert Turcan (professeur d’archéologie romaine à l’Université Paris IV) tente de préciser et estime qu’une « idée de survie » est apparue avant 150 (voir Robert Turcan, Firmicus Maternus, L’erreur des religions païennes. Les Belles Lettres, 2002. Page 191).

Le tombeau vide

                Firmicus Maternus (IVe siècle après Jésus-Christ) ne parle pas de tombeau vide. Pour Diodore de Sicile il n’y a même pas de tombeau puisque le corps d’Attis a été laissé sans sépulture.

                On est assez loin de ce qu’écrit Las Vergnas :

                 « Ce vide si attesté du tombeau impressionnait beaucoup de gens. »

                Quelles sont ces attestations ? Qui sont ces gens impressionnés par le vide du tombeau ? Las Vergnas ne le dit pas. Quant aux « trois jours » et aux allusions au 25 mars ou au printemps, ce sont encore des inventions.

Les historiens profanes authentifient

                Pour finir, Las Vergnas nous apprend qu’« Hérodote décrit la vie humaine d’Attis ». Hérodote (- 480  ; – 425) est un historien très respecté et son témoignage aurait du poids s’il traitait du mythe d’Attis. Les chapitres 34 à 43 des Histoires d’Hérodote racontent la mort d’un autre Attis, fils du roi Crésus, lors d’une chasse au sanglier. À part le nom qu’il porte, cet Attis n’a rien de commun avec le mythe qui nous occupe : il n’est pas un dieu, il meurt autrement, il n’a pas de lien avec Cybèle ni avec aucun autre dieu ou déesse, il n’est pas question de relation amoureuse, ni de sépulture, ni de résurrection. Hérodote n’authentifie pas le mythe d’Attis.

Voir ici, aux chapitres 36 à 43.

[3] Dans la première citation de Fau, tout est faux ou trop tardif.

« Adonis, comme Jésus, naît d’un dieu et d’une vierge, meurt pour le rachat des hommes et, comme Jésus, ressuscite à l’équinoxe de printemps. » Pas de référence.

Nous connaissons plusieurs sources du mythe d’Ovide.

Dans la version d’Ovide (- 43 ; + 18, Métamorphoses, chapitre 10), Myrrha a partagé le lit de son père. C’est ainsi qu’est né Adonis qui n’est donc pas né d’une vierge. Adonis meurt lors d’une chasse au sanglier et pas pour le salut des hommes. Il ne ressuscite pas, ou alors très partiellement puisqu’après sa mort, Vénus fait que des fleurs naissent du sang d’Adonis. Ce n’est pas l’origine de la résurrection de Jésus.

Dans la version d’Apollodore (vers 200 après J.-C., Bibliothèque, Livre III, XIV, 4) on apprend que Vénus et Perséphone, déesse des enfers, le trouvent si beau qu’elles se le disputent. Zeus décide qu’Adonis passera une partie de l’année avec Aphrodite et une autre partie de l’année avec Perséphone. Ainsi, chaque année, Adonis remonte des enfers, peut-être à l’équinoxe de printemps mais il ne meurt pas, il n’y a pas de résurrection. Adonis mourra plus tard lors d’une chasse au sanglier, sans ressusciter.

La résurrection d’Adonis n’apparaît que dans La déesse syrienne, chapitre 6, de Lucien de Samosate, au IIe siècle.

« J’ai vu, à Byblos, un grand temple de Vénus byblienne, dans lequel on célèbre des orgies en l’honneur d’Adonis. Je me suis fait initier à ces orgies. Les habitants de Byblos prétendent que l’histoire d’Adonis, blessé par un sanglier, s’est passée dans leur pays. En mémoire de cet événement, ils célèbrent, tous les ans, des orgies, dans lesquelles ils se frappent la poitrine, pleurent et mènent un grand deuil par tout le pays. Quand il y a assez de plaintes et de larmes, ils envoient des présents funèbres à Adonis, en sa qualité de mort ; mais, le lendemain, ils racontent qu’il est vivant et le placent dans le ciel. »

Finalement, Adonis ne nait ni d’une vierge ni d’un dieu, il meurt mais pas pour le rachat des hommes. Il existe certes une histoire de la résurrection d’Adonis mais elle est tardive et ne mentionne ni le salut des hommes ni l’équinoxe de printemps. Ceci ne peut pas être à l’origine de l’histoire de Jésus.

[4] La résurrection est bien présente dans l’Ancien Testament : « tu nous exclus de la vie présente, mais le roi du monde, parce que nous serons morts pour ses lois, nous ressuscitera pour une vie éternelle. » (2 Maccabées 7,9) ; des ossements humains revivent sur les instructions du Seigneur (Ézéchiel 37, 1-14) ; « Le Seigneur fait mourir et fait vivre, descendre aux enfers et remonter. » (1 Samuel 2, 6) ; « Beaucoup de ceux qui dorment dans le sol poussiéreux se réveilleront, ceux-ci pour la vie éternelle, ceux-là pour l’opprobre, pour l’horreur éternelle. » (Daniel 12, 2) ; « Tes morts revivront, leurs cadavres ressusciteront. » (Isaïe 26, 19) ; « mais l’homme qui meurt va-t-il revivre ? » (Job 14, 14).