Une critique par Geroges Daras, quatrième partie

Dans le chapitre 12 d’Une invention nommée Jésus, j’examine les arguments que donnent les spécialistes à l’appui de l’existence de Jésus. Ces arguments me semblent tous mauvais et je dis pourquoi.

Pour réfuter ce chapitre, il suffit de montrer pourquoi un des arguments critiqués est bon.

Ce n’est pas ce que fait Georges Daras. Tant pis.

Point N° 57

Je trouve regrettable que les spécialistes ne commencent pas leurs ouvrages sur le Jésus historique en commençant par dire comment ils savent que Jésus a existé. La question me semble importante car il n’est guère utile de chercher à reconstituer un personnage qui n’a pas existé. Georges Daras chipote pour savoir si la question doit être posée en début de livre ou plus tard. Passons.

J’ai également dit qu’il est impossible de prouver que quelque chose ou quelqu’un n’a pas existé. Comment prouver qu’il n’y a jamais eu de dahus dans nos forêts ? Comment être certain que les moines tibétains ne lévitent pas ? Comment établir que l’Atlantide n’a pas été engloutie ? Si quelque chose n’a pas existé, on ne peut rien en dire, on ne peut rien prouver à son sujet. Il y a là une impossibilité logique.

En revanche, si quelque chose ou quelqu’un a existé, il peut être possible de rassembler des preuves. La situation n’est pas symétrique.

Si Jésus n’a pas existé, on ne peut pas le prouver.

Si Jésus a existé, on peut peut-être le prouver.

Georges Daras n’a rien compris. Il ne voit pas cette dissymétrie. Il prétend que si l’on ne peut pas prouver que quelque chose n’a pas existé, alors on ne peut pas non plus prouver que quelque chose a existé. Il estime ainsi raisonner « logiquement ».

Point N° 58

Il arrive, rarement, qu’un spécialiste tente de justifier l’existence de Jésus. U fil des ans et des ouvrages, les arguments se sont accumulés. Dans mon chapitre 12, je me suis proposé de les examiner ces arguments. J’ai examiné tous les arguments que j’ai rencontrés chez les spécialistes.

J’ai commencé par l’argument d’autorité. Il s’agit d’une classique erreur de raisonnement consistant à dire : « nous avons raison parce que nous sommes les plus savants ». Cet argument n’est pas recevable. Même le plus grand savant peut se tromper. Celui qui détient l’autorité n’est pas dispensé d’argumenter.

Je peux reformuler : il y a argument d’autorité si le seul argument donné est la compétence d’une autorité (ici, le spécialiste).

J’ai bien entendu donné des citations de spécialistes utilisant l’argument d’autorité[1].

Ici aussi Georges Daras n’a pas compris de quoi il parle. Il nous explique que l’avis d’un spécialiste est basé sur sa compétence, que cette compétence est reconnue et que l’avis est donc autorisé. Bien entendu, mais si le spécialiste ne donne pas d’autre garantie que sa compétence, même immense, même reconnue, alors il emploie l’argument d’autorité.

Ensuite Georges Daras confirme que les spécialistes ne se donnent guère la peine de dire comment ils savent que Jésus a existé. Georges Daras estime aussi que j’ai raison d’attendre de bons arguments. C’est, il me semble, notre premier accord.

J’aime bien le titre de la troisième puce de ce point N° 58. Georges Daras récuse ma bibliographie car elle « pourrait » être établie sur des critères contestables. Des détails, je vous prie !

Point N° 59

Georges Daras est encore d’accord avec moi. Passons donc au point suivant.

Point N° 60

Georges Daras estime que j’accorde trop d’importance à la réfutation des arguments des spécialistes en faveur de l’existence de Jésus. Cette opinion n’est étayée par rien.

S’il y avait un bon argument pour montrer que Jésus a existé, la discussion serait close. Pour défendre l’idée que Jésus n’a pas existé, il est donc nécessaire d’examiner les arguments en faveur de l’existence de Jésus.

C’est nécessaire, c’est tout. Chercher à savoir si l’importance que j’accorde à cette réfutation est « démesurée » est tout simplement à côté de la question.

Georges Daras parle pour ne rien dire.

Points N° 61 à 63

Le détail de l’histoire de Jésus nous est connu par les évangiles. Il n’y a pas un évangile mais quatre. Ces quatre évangiles se contredisent assez gravement. Le lecteur trouvera des exemples édifiants dans Une invention nommée Jésus.

L’objection de Georges Daras est toute simple : il arrive aussi aux évangiles de ne pas se contredire. Bien sûr, s’ils étaient tout le temps divergents, ils ne raconteraient pas l’histoire du même personnage. Il n’en reste pas moins qu’ils se contredisent et que cela nuit à leur crédibilité.

J’ai ensuite droit à deux procès d’intention.

– si les évangiles ne se contredisaient pas, j’aurais trouvé cela suspect.

– quelle que soit la qualité des documents sur Jésus, je les aurai contestées.

Georges Daras ne peut donc pas imaginer que les sources sur Jésus posent un réel problème et que c’est cela qui me conduit à penser que Jésus n’a pas existé ?

Point N° 64

Il n’y a rien à tirer de ce verbiage.

Point N° 65

Georges Daras regrette que je ne me sois pas davantage attardé sur Paul. Bien sûr, j’aurai pu lui consacré un chapitre où j’aurais rencontré les mêmes problèmes qu’avec Jésus.

Georges Daras tient à insister sur Paul et fatalement, il nous emmène vers les mêmes discussions stériles qu’à propos de Jésus.

– Comme je l’ai déjà dit, absence de preuve n’est pas preuve d’absence mais il est assez troublant de constater que Paul n’est mentionné par aucun document non chrétien. Georges Daras ne voit pas le problème et me signale que Paul est mentionné par des documents chrétiens.

– Ce qui est dit de Paul par les documents chrétiens contient des contradictions. Georges Daras ne voit pas le problème et me signale qu’il n’y a pas que des contradictions. Je renvoie à ce que j’ai dit au sujet des points N° 61 à 63.

Georges Daras estime que les lettres de Paul attestent l’existence de Paul. Du moins les lettres authentiquement de Paul.

Là il me faut en dire davantage.

Il y a dans le Nouveau Testament quatorze lettres attribuées à Paul. Certaines sont reconnues comme authentiques, d’autres non.

Comment fait-on le tri ?

Les différences entre ces lettres ont convaincu tous les spécialistes qu’elles ne peuvent pas avoir été écrites par le même auteur. Les plus discordantes sont donc considérées comme non authentiques.

Il en reste environ sept (un peu plus ou un peu moins, cela dépend des auteurs). Puisqu’on n’a pas montré qu’elles ne sont pas authentiques, c’est qu’elles sont authentiques.

Eh bien non, tout ce qu’on a montré, c’est que les sept lettres restantes peuvent avoir été écrites par le même auteur. On a établi ni qu’elles sont toutes du même auteur, ni que cet auteur est Paul.

L’erreur de raisonnement est évidente. C’est pourtant comme cela qu’est établie l’authenticité des lettres de Paul. Je ne puis donc pas suivre Georges Daras quand il affirme que les lettres de Paul établissent l’existence de Paul.

Dans tout ce qui suit quand on lira « les lettres de Paul », il faudra comprendre « les lettres attribuées à Paul ».

Point N° 66

Georges Daras répète ce qu’il a dit au point N° 42. Il est inutile d’y revenir.

Point N° 67

Je reformule ce que dit Georges Daras : Paul (ou les lettres qui lui sont attribuées) ne parle pratiquement pas de Jésus. Ce qui intéresse Paul, ce n’est pas Jésus, c’est le Christ. Il fait plus de la théologie que de l’histoire.

Georges Daras nous explique par là que Paul avait de bonnes raison dans ses lettres de ne pas parler de Jésus, ou très peu.

C’est intéressant mais cela ne change rien au fait que Paul ne dit presque rien de Jésus. Dans ces conditions je ne vois pas comment on peut considérer que les lettres de Paul attestent l’existence de Jésus.

Points N° 68 et 69

Certains spécialistes estiment que le christianisme n’aurait pas pu naître sans un Jésus réel[2]. Je trouve cette affirmation gratuite. Qu’en sait-on ?

Si l’on ne fait pas a priori confiance aux récits des évangiles et des Actes des Apôtres, l’origine du christianisme, l’élaboration de l’histoire de Jésus, est très mal connue.

Tout au plus peut-on signaler quelques jalons. C’est ce que j’ai fait et cela ne suffit pas à Georges Daras. Il pose des questions intéressantes pour lesquelles personne n’a de réponse. Cela ne fait guère avancer le débat.

Georges Daras me reproche de tout critiquer et de tout rejeter. Je pense effectivement que l’histoire de Jésus ses prête remarquablement à la critique. J’ai de bonnes raisons pour cela, je les expose et c’est à cela qu’il faut répondre.

[1] « Aucun contemporain à la fois informé et sérieux ne prétend désormais que Jésus n’est qu’une ombre incertaine ou qu’un mythe humanisé » (Charles Perrot, Jésus et l’histoire. (Présentation par Joseph Doré). Page 9 (page 7 de la seconde édition). 1979. C’est moi qui souligne).

« On n’en doute plus guère aujourd’hui, Jésus “a vraiment existé” » Jacques Schlosser, Jésus de Nazareth. Page 15. 1999. C’est moi qui souligne.

« Nous ne sommes plus au temps où B. Bauer (1840) ou P.-L. Couchoud (1937) s’ingéniaient à nier que Jésus eût existé; le sens de ses faits et gestes, non son existence, fait aujourd’hui débat » (Daniel Marguerat, Jésus de Nazareth. Nouvelles approches d’une énigme. Page 13. 1998).

« Nous n’en sommes plus aujourd’hui à nous demander si Jésus a existé ou non » (Le même neuf ans plus tard. Daniel Marguerat, Jésus, compléments d’enquête. Page 8. 2007).

« Certaines personnes estiment que Jésus de Nazareth n’a pas existé et qu’il s’agit d’une pure figure mythologique. Respectable sans doute, cette opinion est peu représentée parmi les personnes qui ont étudié la question. Le consensus est assez général parmi les historiens pour reconnaître en Jésus un Juif né en terre d’Israël sous le règne d’Hérode le Grand… » (Michel Quesnel, Jésus-Christ. Page 10. 1994).

« La question a pu certes se poser pour l’historien au début du XXe siècle: elle est cependant dépassée aujourd’hui, sauf peut-être dans une certaine presse trop marquée par l’idéologie et pas assez par la connaissance scientifique » (Simon Claude Mimouni, Le christianisme des origines à Constantin. Page 43. 2006).

[2] « Le fait de douter que Jésus ait vraiment existé n’a aucun fondement et ne mérite même pas d’être réfuté. Il est indiscutable que Jésus est à l’origine du mouvement historique dont la communauté palestinienne primitive représente le premier stade tangible ». (Rudolf Bultmann, Jésus. 1926. Page 38).

« Seule la réalité historique de la personne de Jésus permet de comprendre la naissance et le développement du christianisme qui, sans elle, resterait une énigme et, à proprement parler, un miracle ». (Maurice Goguel, Jésus de Nazareth. Mythe ou histoire? 1925. Page 308).

Jésus est trop important pour expliquer la suite des événements pour qu’on prétende l’éliminer de l’histoire… » (Étienne Trocmé, L’enfance du Christianisme. 1999. Page 30).

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