Une critique par Georges , deuxième partie

Georges Daras aborde maintenant la troisième partie d’Une invention nommée Jésus consacrée aux symboles. Nous allons voir qu’ils jouent plutôt contre que pour l’existence de Jésus.

Point N° 25

Un exemple : quand une durée est précisée dans les évangiles, il s’agit très souvent de trois jours, trois mois ou trois ans.

J’ai donné quelques exemples : Jésus est mort pendant trois jours ; après sa vision sur le chemin de Damas, Paul « fut trois jours sans y voir, et il ne mangea ni ne but » (Actes 9,9) ; « voilà déjà trois jours qu’ils restent avec moi et ils n’ont pas de quoi manger » (Matthieu 15,32, Jésus aurait pu se soucier de l’intendance un peu plus tôt) ; « Ils le trouvèrent au bout de trois jours, dans le temple » (Luc 2,46) ; « Voilà, je chasse des démons et j’accomplis des guérisons aujourd’hui et demain; et le troisième jour j’ai fini » (Luc 13,32) ; « Le troisième jour, il y eut une noce à Cana de Galilée… » (Jean 2,1 le troisième jour après quoi? On ne sait pas, peut-être le troisième jour de la semaine.) ; « Festus, donc, trois jours après son arrivée dans la province, monta de Césarée à Jérusalem » (Actes 25,1) ; « Le lendemain, au fort de la tempête, ils ont jeté du lest et, le troisième jour, ils ont, de leurs propres mains, rejeté les agrès du navire » (Actes 27,18-19) ; « Il nous a reçus et nous a aimablement logés pendant trois jours » (Actes 28,7) ; « Nous avons abordé à Syracuse, où nous avons demeuré trois jours » (Actes 28,12) ; « Et il entra à la synagogue où il parla franchement pendant trois mois, débattant et persuadant sur le royaume de Dieu » (Actes 19,8) ; « Il parcourut cette province où il multiplia les exhortations, puis il vint en Grèce; et au bout de trois mois, comme il allait embarquer pour la Syrie… » (Actes 20,2-3) ; « Trois mois après nous avons repris la mer » (Actes 28,11) ; « Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et que je n’en trouve pas » (Luc 13,7) ; « C’est pourquoi, tenez-vous éveillés et souvenez-vous que pendant trois ans, nuit et jour, je n’ai cessé d’avertir chacun avec larmes » (Actes 20,31) ; « Ensuite, trois ans après, je suis monté à Jérusalem faire la connaissance de Képhas, et j’ai demeuré quinze jours avec lui » (Galates 1,18) etc.

À la fin de son point N ° 25 Georges Daras reconnait que les auteurs des évangiles ont volontairement utilisé des nombres symboliques. Cela pour que leurs textes portent plus de sens.

Cet exemple étant accompagné de beaucoup d’autres j’y vois un indice de plus que les auteurs des évangiles se soucient bien peu de l’exactitude de ce qu’ils racontent. En outre, comme bien d’autres avant moi, je me permets de penser que la chronologie des histoires évangéliques est fantaisiste. Ce mot ne plait pas à Georges Daras qui me reproche encore de mépriser mes sources. Ce mot me semble adapté. Contester mon vocabulaire ne fait pas avancer le débat.

Georges Daras semble d’accord avec moi puisqu’il précise que les évangélistes ne font pas de « l’histoire documentaire ». Ce qui le dérange est que cela soit dit.

Point N° 26

Georges Daras a trouvé dans Une invention nommée Jésus deux autres mots qui ne lui conviennent pas. Cette fois-ci il ne s’agit pas de dénigrement mais de termes insuffisamment définis et éventuellement porteurs de significations qui pourraient induire en erreur.

J’ai utilisé « initié » et « ésotériques », très peu de fois, dans des phrases parfaitement claires et je ne vois pas l’intérêt de chipoter là-dessus. Les mots ont un sens et il n’est donc pas nécessaire de les définir chaque fois qu’on les utilise.

Point N° 27

On peut compter de plusieurs façons mais il n’empêche que les lettres de Paul s’adressent à sept églises. La consultation de n’importe quelle Bible permet de constater que Paul a écrit aux Romains, aux Corinthiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Philippiens, aux Colossiens et aux Thessaloniciens. En outre je me demande pourquoi Georges Daras estime que cela ne concerne pas le Nouveau Testament puisque les lettres de Paul font partie du Nouveau Testament.

Points N° 28 et 29

Il est manifestement nécessaire de préciser. Quand je parle d’histoire vraie, il s’agit d’un événement qui s’est produit. Georges Daras précise qu’il y a des vérités d’autres ordres, par exemple d’ordre théologique. C’est intéressant mais cela ne fait pas avancer le débat.

Point N° 30

J’ai rappelé à l’annexe 2 qu’il est logiquement impossible de prouver que quelque chose n’a pas existé. Vous pouvez prouver que le Père Noël n’a pas existé ? Moi non plus.

Je n’envisage donc pas de prouver que Jésus n’a pas existé. Je peux seulement montrer que les textes qui nous renseignent à son sujet ne sont vraiment pas crédibles.

Point N° 31

Georges Daras nous explique que dans le milieu où ont été écrits les évangiles, le recours à l’Ancien Testament était une habitude. C’est vrai et c’est intéressant.

Il est effectivement possible que des histoires vraies soient racontées en faisant référence à l’Ancien Testament. Le problème est ici un problème de quantité. Les références à l’Ancien Testament sont dans l’histoire de Jésus tellement fréquentes et tellement importantes qu’il nait l’impression, subjective j’en conviens, que nombre de ces histoires sont délibérément construites pour accomplir les Écritures.

Point N° 32

Georges Daras « constate » que dans l’écriture des évangiles il y a une part de créativité et que cette part est importante. Il admet même qu’il y a de la fiction.

Il pose la question fondamentale : cette part de fiction est-elle totale ou partielle ?

J’ai déjà dit qu’on ne peut pas prouver que quelque chose ou quelqu’un n’a pas existé. De même on ne peut pas prouver qu’une histoire est entièrement composée de fiction.

On peut étudier le texte des évangiles. Et quand on étudie ce texte on est confronté à des auteurs dont le souci premier n’est manifestement pas de raconter une histoire s’étant effectivement déroulée. Quand on étudie le texte des évangiles on est confronté à une accumulation d’invraisemblances, de contradictions et de récits manifestement construits pour exprimer des préoccupations théologiques dans le langage symbolique de l’Ancien Testament. Cette accumulation n’impressionne pas le croyant qui ne voit là que de la « normalité ». Cette accumulation de problèmes peut cependant impressionner le lecteur sans préjugé qui finit par se dire, subjectivement j’en conviens, qu’il n’est pas assuré du tout que tout cela repose sur une histoire vraie.

Une invention nommée Jésus expose les pièces du dossier, entre autres les objections que j’ai listées au point N° 23. Au lecteur de se faire une opinion.

Peut-être existera-t-il dans deux mille ans un débat sur l’existence de Tintin et Milou. Peut-être existera-t-il des blogueurs tintinophiles ou tintinolâtres qui estimeront que, malgré les nombreuses invraisemblances rencontrées dans les aventures de leurs héros, il s’agit quand même d’un personnage réel. Comme on ne peut pas prouver que quelqu’un n’a pas existé, les tintinolâtres pourront indéfiniment persister dans leur croyance.

Points N° 33 à 35

Georges Daras nous présentent encore quelques histoires que l’on rencontre dans les évangiles. Georges Daras reconnaît encore la part de créativité qu’on y rencontre et estime que cela n’est pas suffisant pour les rejeter. Il a raison. On ne peut pas prouver que quelqu’un n’a pas existé.

Point N° 36

Georges Daras se demande si les anciens pouvaient sélectionner les données des Écritures pour fabriquer un récit. Nous devons pourtant constater qu’ils étaient tout-à-fait capables que de nombreux récits évangéliques reposent sur les Écritures et que leurs auteurs étaient capables de faire une telle sélection.

Les caractères gras qui suivent reviennent sur l’objections des points N° 33 à 36. Il est inutile d’y revenir.

Point N° 37

Première phrase des petits caractères : Georges Daras regrette que je ne réponde pas aux questions qu’il se pose. C’est indiscutable et totalement inutile.

Lisez aussi les deux dernières phrases du deuxième paragraphe en petits caractères. On frise le néant de l’argumentation.

La suite est une longue accumulation de petites remarques dont la portée m’échappe, de questions que j’aurai du me poser ou auxquelles j’aurai du répondre, d’exigences auxquelles j’aurai du me conformer, de livres que j’aurai du lire, de termes que je n’aurai pas du employer, de pistes que j’aurai du suivre. Bref, Georges Daras a ses habitudes de travail, son orthodoxie et il excommunie quiconque ne suit pas ses préceptes. En quoi cela pose-t-il problème ? En quoi ceci fausse-t-il mon appréciation de l’existence de Jésus ? C’est sans importance. Et Georges Daras n’est jamais content : quand je suis une piste qui a son approbation, il s’agit de « banalités » qui n’ont « rien d’étonnant ».

Point N° 38

Georges Daras présente encore quelques questions que j’aurai dû approfondir.

Georges Daras remarque qu’à peu près en même temps, plusieurs auteurs ont écrit sur Jésus et qu’ils n’ont pas tous écrit la même chose, chacun ayant sa théologie, ses sources, ses tendances. Georges Daras me somme de dire pourquoi. Je me suis exprimé là-dessus, j’ai dit pourquoi : « Chaque évangile a été écrit pour être lu seul. Chaque auteur pouvait alors exposer ses propres idées et raconter ce qui lui plaisait selon la conception qu’il se faisait de Jésus. Quand le christianisme chercha à s’organiser, la question se posa du tri entre les textes reconnus comme sacrés et les autres. Gageons qu’il fallut composer avec les préférences des uns et des autres. Des évangiles furent écartés, interdits et bien souvent perdus. Ce sont les fameux apocryphes. D’autres évangiles, mieux défendus, survécurent. Il eût été préférable de n’en retenir qu’un, il fallut en garder quatre. Chaque évangile devait avoir des partisans suffisamment farouches pour empêcher que les particularités des uns et des autres ne soient totalement effacées. La nécessaire harmonisation ne fut pas menée à son terme, malheureusement pour la tenue de l’histoire, heureusement pour l’historien. »

Il est certainement possible d’en dire plus mais je ne vois pas en quoi cela ferait avancer le problème de l’existence de Jésus.

Les deux dernières phrases sont encore un exemple de néant de l’argumentation. Georges Daras déplore que je ne trouve aucune consistance d’ordre historique aux évangiles, il enfonce une porte ouverte. Il déplore que les sources que j’étudie, les évangiles, me servent de prélude à ma conclusion. Mais comment peut-on procéder autrement ?

Point N° 39

Le style se dégrade, l’argumentation est toujours fumeuse. Les évangiles sont évidemment enracinés dans l’histoire puisque l’histoire se déroule en un certain lieu et à une certaine époque. Sont-ils plus enracinés dans l’histoire qu’un roman historique ?

Dans le Nouveau Testament, outre les évangiles, on trouve les lettres de Paul. Elles relèvent évidemment du genre épistolaire. Cela contredirait le mythisme. Mais le genre épistolaire des Liaisons dangereuses révèle-t-il qu’il s’agit d’une histoire vraie ?

Cela suffit cependant à Georges Daras pour se convaincre que les lettres de Paul sont fiables.

Consultons donc les lettres de Paul. On y lit que Paul a rencontré Pierre et Jacques qui ont eux-mêmes rencontré Jésus. Jésus a donc existé.

Tout cela repose sur le fait que les écrits attribués à Paul sont des lettres !

Georges Daras conclut par une nouvelle salve de questions auxquelles j’aurais du répondre.

Point N° 40

Georges Daras signale que les évangiles comportent des informations exactes sur la Palestine du premier siècle. C’est intéressant du point de vue géographique, social, politique, religieux etc. Les évangiles ont donc indiscutablement un caractère historique. Comme un roman historique.

Et alors ? En quoi cela fait-il avancer la question de l’existence de Jésus ?

Point N° 41

Bien sûr, qu’on peut trouver dans les évangiles un caractère historique, à la manière d’un roman historique (voir le point précédent).

  1. a) Nombres 24,17 a été interprété comme un écrit messianique. Cette Écriture a été évoquée à propos de Jésus et à propos de Simon Bar Kokhba qui était considéré comme Messie. Elle a aussi été évoquée à propos de Jésus qui était lui aussi considéré comme le Messie.

Oui, et alors ? Il n’y a pas dans les écrits juifs que des personnages de fiction. Un personnage réel pouvait être considéré comme le Messie, un personnage de fiction aussi. L’existence du Messie Bar Kokhba n’assure pas l’existence de Jésus. Même si la même Écriture intervient dans l’histoire de l’un et de l’autre.

  1. b) Je ne peux commenter cet écheveau confus qui traite d’antidatation et du fait que Jésus ne serait pas référé à un illustre personnage biblique (Jésus est quand même référé à Moïse, voir mon chapitre 8 le passage sur la multiplication des pains). Je ne vois pas ce que le débat sur l’existence de Jésus a à y gagner. Georges Daras devrait expliciter ses objections, on saurait peut-être où il veut en venir.

Point N° 42

La première phrase est une erreur manifeste.

Georges Daras pense que les lettres de Paul ont été écrites avant les évangiles. C’est possible mais c’est contestable car la datation des évangiles me semble très fragile. Voir ici. Mais ce n’est pas le plus grave. Georges Daras pense que « avant l’écriture des évangiles » signifie avant l’invention de Jésus. Pourtant tous les biblistes officiels, ceux que Georges Daras a lu et cite abondamment, expliquent que les évangiles ont été précédés de documents écrits sur Jésus qui ont eux-mêmes été précédés de traditions orales sur Jésus. Alors, que Jésus ait existé ou que Jésus n’ait pas existé, son histoire a précédé de quelques décennies l’écriture des évangiles. L’affirmation que les écrits attribués à Paul ont été écrites avant que Jésus ait été fabriqué est une grossière erreur.

Quant à la liste de ce que Paul « sait » sur Jésus, elle est assez décevante.

Jésus est né d’une femme. Vous trouvez que c’est de l’information ? Vous pensez que Paul avait besoin d’un savoir solide pour nous apprendre cela ?

Jésus était Juif. Mais bien sûr puisqu’il est le héro d’une histoire se déroulant chez les Juifs.

Jésus est un descendant du roi David. Mais bien sûr puisque les Écritures nous apprennent que le Messie doit être un descendant du roi David. Ce n’est pas de l’information, c’est du symbolisme.

Paul connaît le nom d’un frère de Jésus. C’est effectivement une information.

En mourant Jésus obéit à Dieu et manifeste son amour. C’est une interprétation, ce n’est pas une information.

Jésus est mort à cause de l’ignorance des archontes célestes. On est là en pleine mythologie. Comment présenter cela comme un savoir de Paul sur Jésus ?

L’institution de la Cène est peut être un événement réel, peut-être aussi une histoire pour expliquer la liturgie. Comment trancher ?

Quant aux détails donnés sur la mort de Jésus, ils sont assez inéluctables pour un crucifié.

Après sa mort, Jésus a été enseveli. Il n’est pas utile d’être informé pour y penser.

Jésus est apparu après sa mort. Il me semble qu’on est ici aussi plus dans la mythologie que dans l’histoire.

Georges Daras ne devrait pas s’émerveiller que Paul en sache « autant » sur la vie de Jésus.

C’est tout le contraire. L’indigence du savoir de Paul sur Jésus a maintes fois été soulignée par les mythistes pour le disqualifier comme source documentaire sur Jésus. Cela me semble plus raisonnable.

Point N° 43

Georges Daras précise qu’il y a dans les évangiles des références aux Écritures mais qu’il n’y a pas que ça. Georges Daras précise aussi qu’on trouve des références aux Écritures dans  le livre des Actes des apôtres et dans les lettres de Paul. Je n’ai pas bien compris où Georges Daras veut en venir. Tout cela est trop confus pour que je parvienne à lui répondre.

Point N° 44

Georges Daras se demande comment je sais qu’Apollos était peu informé voire pas informé du tout sur Jésus. Tout simplement par le texte qu’il cite et que je cite : « Il [Apollos] avait été instruit de la voie du Seigneur et, bouillant d’esprit, il parlait de Jésus et enseignait avec exactitude, quoiqu’il ne connût que le baptême par Jean » (Actes 18,25).

Je comprends qu’Apollos parlait de Jésus malgré un manque de connaissance. Comment comprendre autrement les mots que j’ai soulignés ?

Georges Daras pense que « instruit de la voie du Seigneur » signifie « informé de Jésus ». C’est lui qui le dit.

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