Une critique par Georges Daras, cinquième partie

Les évangiles ne sont pas particulièrement crédibles, à cause des contradictions et des invraisemblances qu’ils contiennent. À cause également de l’omniprésence des symboles.

Les sceptiques l’ont dit. Les spécialistes ont fini par le reconnaître. Des spécialistes ont donc élaboré des « critères d’authenticité historique des évangiles » pour déterminer ce qui vient de Jésus.

Ces critères sont d’une faiblesse incroyable. Je détaille cela dans le chapitre 13 d’Une invention nommée Jésus en utilisant la présentation qu’en a faite l’éminent spécialiste John Meier.

Georges Daras essaye de me réfuter avec une logique défaillante. Le problème est bien illustré par le

Point N° 79

Il y est question d’un épisode des évangiles. Peu importe lequel.

– Cet épisode raconte des miracles ahurissants et contient des éléments qui font très nettement penser à une histoire symbolique. Je suis donc tenté d’en douter.

– L’éminent spécialiste John Meier estime que cette histoire est authentifiée par un critère.

– J’estime que le critère utilisé par Meier n’est absolument pas convaincant.

Arrivé là, on fait quoi ?

On remarque qu’on est typiquement dans la situation où on ne peut pas conclure.

Et pourquoi on ne peut pas conclure ?

Parce qu’il est impossible de prouver que quelqu’un ou quelque chose n’a pas existé.

Georges Daras ne le comprend pas et signale que cette histoire peut quand même s’être déroulée. Nous tournons en rond parce que Georges Daras ne comprend pas qu’on ne peut pas trancher. Sa logique est binaire : on peut affirmer que cet épisode a eu lieu ou on peut affirmer qu’il n’a pas eu lieu. Il ne pense pas à l’alternative : on ne sait pas.

Et puisqu’il s’agit d’un chapitre sur les critères, Georges Daras ferait mieux de se pencher sur ma critique des critères. Et cela, il ne le fait pas.

Bref, ici plus qu’ailleurs, Georges Daras est vraiment à côté du problème.

 

 

Point N° 70

Pas de critique, Georges Daras me cite.

 

Point N° 71

Georges Daras ne comprend pas mais, cette fois-ci, il s’en aperçoit et le reconnaît. La suite est donc à côté de la plaque. Passons.

 

Point N° 72

Première puce

– Georges Daras n’a pas compris ce qu’il commente

– les critères sont d’une insondable bêtise.

 

Les faits :

– Les évangiles disent que Jésus a annoncé la fin du monde pour bientôt.

– La fin du monde n’est pas arrivée.

– Jésus s’est donc trompé.

– Les évangiles sont écrits à la plus grande gloire de Jésus.

– Les évangiles racontent une erreur de Jésus.

 

Le critère de l’embarras d’après Meier (Meier est une sommité, une référence indiscutée) :

« Le critère de « l’embarras ecclésiastique » (selon Schillebeeckx) ou de « contradiction » (selon Meyer) s’applique aux actions ou aux paroles de Jésus qui auraient mis dans l’embarras l’Église primitive ou lui aurait causé des difficultés. Le critère repose sur l’idée que l’Église primitive ne se serait certainement pas donné la peine de créer des matériaux qui ne pouvaient qu’embarrasser leurs créateurs ou affaiblir leur position dans une controverse avec des adversaires… »

John P. Meier. Un certain juif Jésus. Les données de l’histoire. I. Les sources, les origines, les dates. Cerf, 2004. Édition américaine de 1991. Imprimatur, 25 juin 1991. Page 102.

 

Si un lecteur est parvenu jusqu’ici, comprend-il en quoi cela indique que cette parole de Jésus est authentique ?

L’embarras est un critère d’authenticité.

Tout cela repose sur le postulat suivant : si l’on rencontre une histoire embarrassante dans les évangiles, c’est que cette histoire est vraie.

On peut largement critiquer le principe mais j’ai relevé un autre problème. Allez, je me cite : « L’embarras causé par une prophétie non réalisée nous paraît considérable mais n’était certainement pas bien grand puisque cela faisait déjà deux siècles que des Juifs annonçaient la fin du monde et la venue du Messie pour bientôt. Par exemple, on trouve au douzième chapitre du livre de Daniel une prophétie de la fin du monde dans un délai de trois ans et demi. Le livre de Daniel qui date de la première moitié du IIe siècle avant J.-C. a pourtant été admis, deux ou trois siècles plus tard et prophéties comprises, dans les Bibles juives et chrétiennes. Cette prophétie n’est pourtant pas authentique puisqu’elle est considérablement antidatée. » Nicolas Bourgeois. Une invention nommée Jésus. Aden 2008. Note 221 page 54.

Bref

– l’Ancien Testament contient le même type de prophétie

– cette prophétie est (peut-être) embarrassante

– cette prophétie figure dans les Écritures.

L’application du critère de l’embarras indique que cette prophétie est authentique. Or cette prophétie n’est pas authentique puisqu’elle n’a pas été prononcée par le prophète Daniel. Il s’ensuit que le critère de l’embarras ne fonctionne pas.

Georges Daras ne conteste rien de tout cela, il réaffirme que la prophétie de Jésus était embarrassante sans voir que le critère de l’embarras est défaillant.

Georges Daras nous gratifie enfin d’un de ces chipotages dont il a le secret. J’ai parlé d’une durée de trois ans et demi. Georges Daras me corrige : il s’agit de 1290 jours ou de 1335 jours, soit 3,53 ans ou 3,66 ans. La belle affaire !

 

Point N° 72

Deuxième puce

Encore une fois Georges Daras fait une élémentaire erreur de logique.

Les évangiles racontent que Jean-Baptiste a baptisé Jésus. Le critère de l’embarras est censé authentifier l’épisode.

Allez, je me cite encore : « En se laissant baptiser par Jean-Baptiste, Jésus lui a reconnu une certaine supériorité. De plus, une rivalité entre leurs disciples apparaît dans les évangiles. Il est clair que la gloire de Jésus n’a rien à gagner à ce que ces histoires soient colportées. Il ne faut pourtant pas surestimer l’embarras que peut provoquer le Jean-Baptiste des évangiles. Celui-ci met tant d’empressement à clamer la supériorité de Jésus (Matthieu 3,11; Marc 1,8; Luc 3,16; Jean 1,33-37 et 3,28-30; Actes 1,5 et 11,16) qu’il en arrive à jouer un rôle de faire-valoir. Et si cette histoire n’a pas disparu des évangiles, cela s’explique fort bien. Il y eut des adeptes de Jean-Baptiste et les Chrétiens, désireux de les convertir, durent faire des concessions. Aussi reconnurent-ils l’importance du Baptiste (Matthieu 11,9-11 et Luc 7,26-28) tout en affirmant nettement la supériorité de Jésus. Bref, je veux bien voir là un indice de la réalité de la concurrence entre les adeptes de Jean et ceux de Jésus mais cela n’authentifie pas la rivalité entre Jésus et Jean. On pourrait même estimer que l’intervention de Jean-Baptiste dans les évangiles a été inventée pour plaire à ses disciples. » (même page).

C’est clair. Non ?

Georges Daras s’emmêle les pinceaux car il ne voit pas en quoi la rivalité entre les disciples de Jésus et de Jean-Baptiste exclurait la rivalité entre Jésus et Jean-Baptiste.

Je n’ai pas dit que la rivalité entre Jésus et Jean-Baptiste est exclue, j’ai dit qu’elle n’est pas établie. On ne sait pas. Perdu dans sa logique binaire Georges Daras ne le voit pas.

Je reconnais que je n’ai pas compris le contenu de la troisième puce.

 

Point N° 73

J’ai constaté que les critères d’authenticité des évangiles ne fonctionnent pas. Georges Daras me reproche de ne pas proposer mes propres critères d’authenticité. Eh bien non, je n’en ai pas. C’est exact. Mais en quoi ceci réfute-t-il ma critique des critères ?

 

Point N° 74

J’ai constaté que Meier signale, pour chaque critère, qu’il est défaillant. Cela ne l’empêche pas de les utiliser. Pour cela il lui suffit d’estimer qu’on peut arriver à une conclusion valable, non pas en utilisant un critère défaillant, mais plusieurs critères défaillants.

C’est évidemment absurde mais cela suffit à Georges Daras pour faire confiance aux critères.

 

Point N° 74 suite

Georges Daras montre encore qu’il est fâché avec la logique. Cela le conduit à voir des erreurs « manifestes » là où il n’y en a pas. J’ai écrit : « La structure complexe des évangiles suggère qu’ils ont été constitués à partir de textes ou de traditions plus anciens appelés « sources » ».

Les traditions antérieures aux évangiles sont des sources. Cela n’empêche pas les évangiles d’être aussi des sources.

 

Point N° 75

Georges Daras se risque à défendre l’indéfendable. Il y a des degrés dans l’absurdité des critères et ici on va assez loin : « Le critère d’attestation multiple [des formes] s’applique aux paroles et aux actes de Jésus qui sont attestés [… ] dans plus d’une forme ou d’un genre littéraire (par exemple, parabole, controverse, récit de miracle, prophétie, aphorisme). » John P. Meier. Un certain juif Jésus. Les données de l’histoire. I. Les sources, les origines, les dates. Cerf, 2004. Édition américaine de 1991. Page 108.

Mais enfin, pourquoi la présence d’un thème dans plusieurs formes littéraires serait-elle un indice d’authenticité ? Une invention qui se coule dans plusieurs moules différents reste une invention. On ne peut pas se contenter d’affirmer qu’une certaine particularité textuelle constitue un critère d’authenticité. Il faut aussi expliquer pourquoi il en est ainsi. Faute de quoi la dérive est inéluctable: en appliquant des critères inconsistants, il est possible d’établir n’importe quoi.

L’argument de Georges Daras est très faible. Je veux bien admettre qu’il y a dans le critère d’attestation multiple des formes un minuscule indice d’ancienneté. Il me paraît en revanche très téméraire d’y voir un indice d’authenticité.

 

Point N° 76

Georges Daras répète ce qu’il a déjà dit. Il est inutile d’y revenir.

 

Point N° 77

Georges Daras revient sur ce qu’il a dit au point n° 73. Il est inutile d’y revenir.

 

Point N° 78

Georges Daras a trouvé une faute d’orthographe et nous fait profiter de sa découverte.

Georges Daras regrette le manque de référence dans Une invention nommée Jésus. Il y a dans ce livre des centaines de références donnant soigneusement mes sources. Pourquoi Georges Daras proteste-il ? Parce que j’ai réuni en une seule phrase une proposition venant du début d’une note de Meier et une autre proposition venant de la fin de la même note. Les guillemets indiquent clairement que ces deux propositions ne sont pas contiguës chez Meier. Meier étant encore moins enclin à la concision que Georges Daras, ces deux propositions sont effectivement fort éloignées. Il n’empêche que je n’ai pas trahi le propos de Meier (sinon Georges Daras l’aurait signalé).

Geroges Daras reconnaît encore ne pas bien comprendre. J’ai dit que ce qui est ancien n’est pas forcément authentique. Je n’ai pas dit que l’authenticité est exclue, j’ai dit qu’elle n’est pas établie par le critère d’attestation multiple. Pourtant Georges Daras se demande pourquoi ce que l’on rencontre massivement dans les sources les plus anciennes ne pourrait pas être considéré comme authentique. Encore un petit problème de logique.

 

Point N° 79

Ce point a été traité plus haut.

 

Point N° 80

C’est le même problème qu’au point précédent.

 

Point N° 81

Pour son dernier point, Georges Daras regrette que je rejette les critères. Il ferait mieux de signaler où mes critiques ne conviennent pas. Comme je l’ai dit au début de ce billet, il ne le fait pas.

Georges Daras conclut par un point d’accord entre nous : il réaffirme son incompréhension.

 

 

Voilà, j’ai répondu aux quatre-vingt-un points qu’a soulevés Georges Daras. Il reste une conclusion et des annexes. Une autre fois, peut-être.

 

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