Adonis

            Voici ce qu’affirme Fau à propos d’Adonis :

             « Sans rappeler ici la résurrection bien connue d’Osiris, en Syrie même le Sauveur Adonis a connu un sort encore plus proche de celui de Jésus : chaque année on commémore sa mort, pleurée par les femmes, puis sa résurrection au troisième jour (vers le 25 mars, équinoxe de printemps). Or le culte d’Adonis, issu probablement du Baal d’Ugarit, mais dont la légende a été revue dans les milieux hellénistiques, était fort répandu : à Chypre, au Liban, nous apprend Ovide, mais surtout à Byblos, et même à Bethléem, selon Jérôme… » Guy Fau, La fable de Jésus-Christ, page 213.

Il y a beaucoup d’affirmations dans ces quelques lignes :

1/ Adonis est un dieu sauveur.

2/ Adonis a connu un sort proche de celui de Jésus.

3/ La mort d’Adonis est célébrée chaque année.

4/ Lors de ces célébrations, des femmes pleurent Adonis.

5/ Lors de ces célébrations, on commémore la résurrection d’Adonis.

6/ La résurrection d’Adonis s’est produite au troisième jour.

7/ La résurrection d’Adonis est commémorée vers le 25 mars.

8/ D’après Ovide, le culte d’Adonis avait atteint Chypre et le Liban.

9/ D’après Jérôme, le culte d’Adonis avait atteint Bethléem.

            Chacune de ces affirmations rapproche Adonis de Jésus :

            1/ Jésus est un dieu sauveur (« et tu l’appelleras Jésus car il sauvera son peuple de ses péchés », Matthieu 1,21).

            2/ Adonis a connu un sort proche de celui de Jésus.

            3/ La mort de Jésus est célébrée chaque année à Pâque.

            4/ Là, je ne vois pas bien pourquoi les femmes pleurant Adonis le rapprochent de Jésus. Peut-être car des femmes sont allé au tombeau de Jésus le lendemain de sa mort (Matthieu 28,1 et parallèles).

            5/ Lors de la fête de Pâque on commémore la résurrection de Jésus.

            6/ La résurrection de Jésus s’est produite au troisième jour après sa mort.

            7/ La résurrection de Jésus est commémorée vers le 25 mars.

            8/ La Palestine est proche du Liban.

            9/ Jésus est né à Bethléem.

            Il s’agit de montrer que « Le mythe de Jésus […] est un mythe formé d’éléments fort divers […] une profonde influence des religions païennes, spécialement des cultes à mystères… » Guy Fau, La fable de Jésus-Christ, page 197.

            Ces neuf affirmations sont assez impressionnantes et il convient de les examiner de plus près. Mais avant cela, disons quelques mots du mythe et du culte d’Adonis.

D’après Ovide (- 43 ; + 18 Métamorphoses, X),

 Myrrha était amoureuse de son père Cinyras et est parvenue à partager son lit à l’insu de celui-ci. Adonis naquit de cette union et était si beau qu’il devint l’amant de Vénus. Plus tard, Adonis meurt au cours d’une chasse au sanglier. Vénus pleure Adonis et fait que des fleurs naissent du sang d’Adonis. Une fête annuelle commémorera les pleurs de Vénus.

Apollodore (vers 200 après J.-C. Bibliothèque, Livre III, XIV, 4)

ajoute qu’Aphrodite et Perséphone (déesse des enfers) le trouvent si beau qu’elles se le disputent. Zeus décide qu’Adonis passera une partie de l’année avec Aphrodite et une autre partie de l’année avec Perséphone.

Ainsi, chaque année, Adonis remonte des enfers.

La résurrection d’Adonis n’est attestée qu’au IIe siècle par Lucien de Samosate (120-180). La déesse syrienne 6.

« J’ai vu, à Byblos, un grand temple de Vénus byblienne, dans lequel on célèbre des orgies en l’honneur d’Adonis. Je me suis fait initier à ces orgies. Les habitants de Byblos prétendent que l’histoire d’Adonis, blessé par un sanglier, s’est passée dans leur pays. En mémoire de cet événement, ils célèbrent, tous les ans, des orgies, dans lesquelles ils se frappent la poitrine, pleurent et mènent un grand deuil par tout le pays. Quand il y a assez de plaintes et de larmes, ils envoient des présents funèbres à Adonis, en sa qualité de mort ; mais, le lendemain, ils racontent qu’il est vivant et le placent dans le ciel. »

1/ Pourquoi Adonis est-il un dieu sauveur ?

            D’après Lucien de Samosate, la mort d’Adonis puis sa résurrection sont célébrées. Il s’agit d’une victoire sur la mort. Adonis est donc un dieu sauveur. Il faut noter que cela n’est attesté qu’au IIe siècle et que l’on ne peut donc pas assurer que l’histoire de la résurrection d’Adonis est à l’origine de l’histoire de la résurrection de Jésus.

            Adonis revient des enfers où Proserpine le retenait ; grâce à Vénus des fleurs naissent du sang d’Adonis. Ce sont d’autres victoires sur la mort. À ce titre, d’autres divinités orientales sont des dieux sauveurs[1]. Il est bien évident que Jésus est lui aussi un dieu sauveur.

2/ Adonis a-t-il connu un sort proche de celui de Jésus ?

            C’est au lecteur de juger.

3/ La mort d’Adonis est célébrée chaque année.

            La mort de Jésus aussi. Cela fait un point commun entre le culte de Jésus et celui d’Adonis. L’un est peut-être à l’origine de l’autre, à moins qu’ils aient une origine commune. Quoi qu’il en soit, c’est une question de culte et cela ne dit rien de l’existence de Jésus. Les chrétiens peuvent très bien célébrer chaque année à Pâque la mort d’un Jésus ayant existé.

4/ Lors de ces célébrations, des femmes pleurent Adonis.

            Ces femmes faisaient plus que pleurer, les manifestations de deuil étaient exubérantes :

« La licence des femmes a-t-elle assez éclaté, avec leurs orgies, le bruit de leurs tambours, leurs continuelles Bacchanales, et ces lamentations des fêtes d’Adonis, que j’entendis un jour du lieu même de l’assemblée ? […] sa femme, déjà ivre, criait sur le toit : “Pleurez Adonis !” »  Aristophane, Lysistrata, 38. Fin du IVe siècle.

            Il y a peu de rapport avec le deuil que l’on manifeste pour Jésus.

5/ Lors de ces célébrations, on commémore la résurrection d’Adonis.

            C’est vrai mais c’est tardif, voir le point 1/.

6/ La résurrection d’Adonis s’est produite au troisième jour.

            Fau ne donne pas de référence. Je ne sais pas d’où vient cette information.

7/ La résurrection d’Adonis est commémorée vers le 25 mars.

            Pour Théocrite (-310 ; -250), la fête d’Adonis a lieu quand les vergers donnent de beaux fruits, en automne :

« après douze mois révolus, les Heures nous ont ramené Adonis des bords de l’avare Achéron […] Ici, autour d’Adonis, on voit réunis les fruits les plus beaux de nos vergers, de frais jardins » Théocrite (-310 ; -250), Idylles, XV

8/ D’après Ovide, le culte d’Adonis avait atteint Chypre et le Liban.

            C’est vrai, et le Liban est proche de la Palestine. Cela rappelle qu’une influence du culte ou de l’histoire d’Adonis sur le culte ou l’histoire de Jésus est possible. C’est tout.

9/ D’après Jérôme, le culte d’Adonis avait atteint Bethléem.

            La présence du culte d’Adonis est attestée par Jérôme, mais au IIe siècle. Cela ôte tout intérêt à la remarque. Voici la citation de Jérôme :

« Depuis l’empereur Adrien jusqu’à Constantin, c’est-à-dire pendant près de cent-quatre-vingts ans, les païens ont adoré l’idole de Jupiter au lieu même où Jésus-Christ est ressuscité ; ils ont rendu le même culte à une statue de marbre qu’ils avaient consacrée à Vénus sur la montagne où le Fils de Dieu fut crucifié. Ces ennemis déclarés du nom de chrétien s’imaginaient qu’en profanant les lieux saints par un culte idolâtre ils pourraient abolir la croyance à la mort et à la résurrection du Sauveur. Il y avait un bois consacré à Thamus, c’est-à-dire à Adonis près de la ville de Bethléem, ce lieu le plus auguste de l’univers, dont le prophète-roi a dit : “La vérité est sortie de la terre” et l’on pleurait le favori de Vénus dans, l’étable où l’on avait entendu les premiers cris de Jésus-Christ enfant. » Saint Jérôme, Lettre 58, 3, à Paulin

            Jérôme (347-420) parle de ce qui s’est passé « Depuis l’empereur Adrien [117-138] jusqu’à Constantin [310-337], c’est-à-dire pendant près de cent-quatre-vingts ans ». On peut préciser : l’empereur Adrien a réprimé l’insurrection juive de 132-135 et c’est en 135 que la ville de Jérusalem fut interdite aux Juifs et vouée au culte de Jupiter. En ajoutant cent-quatre-vingts ans, on arrive au début du règne de l’empereur Constantin qui a adopté la religion chrétienne et qui a rendu les lieux saints au christianisme. À Bethléem, Jésus a précédé Adonis.


[1] Voici le point de vue d’un spécialiste moderne : « Les religions orientales offraient à leurs fidèles différentes formes et conceptions de « salut ». Mais leurs liturgies et singulièrement leurs initiations étaient censées leur assurer une sauvegarde en ce monde et dans l’autre, sans solution de continuité. Isis, Mithra, Cybèle et les Baals syriens avaient chacun une suprématie qui transcendait la perspective romaine d’une propitiation déterminée, mais sans lendemain. Ces divinités garantissaient une sécurité totale de l’âme dans le corps et hors du corps. La recomposition et la revitalisation d’Osiris, le réveil ou la reviviscence d’Attis, la survie d’Adonis, grâce à l’amour de déesses épouses ou mères (ou épouses et mères), étaient les gages d’une victoire sur le malheur et la mort. Leurs mythes réactualisés par un rituel bouleversant renouvelaient chaque année le “bon espoir” d’une future félicité. “Te voilà parvenu au port du repos”, dit le grand-prêtre à Lucius, le jour où sa remétamorphose d’âne en homme préfigure sa renaissance initiatique et son entrée au hâvre du Salut (Apulée, Métamorphoses, XI, 15, 1). » Robert Turcan, Les cultes orientaux dans le monde romain. 1989, page 32.

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